Alexandre Ipatov : « Je suis prêt à me frayer un chemin jusqu’au sommet »

Texte: Evgeny Atarov

Photos: archives d'Alexandre Ipatov

 

Un champion du monde junior attire toujours l’intérêt. Qui est-ce, d’où vient-il, quelle sera son influence sur le jeu d’échecs ? Va-t-il percer ou bien n’est-ce qu’un seigneur d’un instant qui disparaitra dans le brouillard et l’obscurité dans quelques mois et dont nous ne nous rappelons plus jamais ?!

L’impression globale donnée par l’ukrainien Alexandre Ipatov, qui joua le tournoi sous le drapeau de la Turquie, est celle d'un joueur d’avenir qui fera encore parler de lui. On ne peut pas qualifier Sacha d’enfant prodige des échecs à l’image de Carlsen ou de Karjakin, mais en faisant sa connaissance de près, il devient clair que sa tête est bien pleine ! Il sait parfaitement « calculer les variantes » et faire les bons choix aux échecs comme en dehors de l’échiquier. Ipatov est appliqué et il est constamment orienté vers les objectifs qu’il choisit. Même s’il ne devient pas champion du Monde, Sacha n’en fera pas une tragédie : il s’épanouira dans une autre activité où il atteindra sans doute les sommets.

Pour le moment, les échecs sont pour lui l’objectif numéro 1. Il mettra toutes ses forces pour obtenir le maximum. Il est stupide de se priver d’un rêve ambitieux quand tu n’as que 19 ans et que tu viens de devenir « le prince des échecs ». Alexandre Ipatov : retenez bien ce nom !

- Pour commencer, que penses-tu du titre du champion du monde junior, à quel point est-il prestigieux et valorisant ? Crois-tu qu’en gagnant ce titre à Athènes, tu as fait quelque chose d’extraordinaire ?

- Je trouve qu’un titre du champion du monde est très classe. Mais pour le moment je n’ai pas encore tout à fait réalisé. J’ai juste le sentiment d’avoir gagné un fort open…En plus, je suis très content de m’être qualifié pour la coupe du Monde 2013.

- Tu n’as pas encore réalisé d’être au même rang que Spassky, Karpov, Kasparov, Anand, Ivanchuk qui eux aussi furent des « princes des échecs » ?

- Je ne me sens pas encore à l’aise à coté de tels célébrités des échecs…A part Ivanchuk, tous ceux que vous avez cités furent des champions du monde chez les adultes. Tandis que mon objectif le plus proche est d’entrer dans le top 100 mondial, et c’est seulement après que je pourrai voir plus loin…

- As-tu une idée de la façon dont cette victoire peut changer ta vie ?

- J’espère obtenir plus d’invitations pour des tournois fermés, et en plus les conditions pour jouer dans les championnats par équipes peuvent s’améliorer…

- Penses-tu que tu es un joueur d’échecs accompli ou bien que tu as encore besoin d’apprendre beaucoup de choses ?

- Je pense que les gens doivent apprendre tout au long de leur vie…L’homme qui n’aspire pas à son développement permanent, se dégrade. Quant aux échecs, il me faut en priorité améliorer mes ouvertures car dans les trois dernières parties de ce championnat, j’ai obtenu des positions inférieures à la sortie de l’ouverture.

 

 

- Tu joues beaucoup dans les différents championnats par équipes, les opens… A quel point est-il difficile d’affronter des adversaires de ton âge lorsque tu es déjà habitué à jouer contre des adultes ?

- Une bonne question ! Je pense que le plus important est de jouer simplement aux échecs sans faire attention contre qui tu joues et ne pas essayer de gagner péniblement grâce à la différence de niveau. Par exemple, dans ce tournoi j’ai joué comme j’en avais l’habitude sans avoir peur d’entrer dans des positions dynamiques contre des adversaires plus jeunes.

- Comment jugeais-tu tes chances avant le tournoi ?

- Je comprenais sans doute que je n’étais pas le favori ! Grâce à ce fait je n’avais pas de pression psychologique, et j’en étais ravi. Néanmoins, je me suis mis en tête un objectif de faire « +7 » sans défaite et en fin compte, je l’ai atteint. Comme je l’avais prévu, ce résultat fut suffisant pour la première place. Je l’ai eu !

- Pourquoi ne te positionnais-tu pas en favori ?! Et qui alors étaient les favoris à ton avis ?

- Tout d’abord Ding Liren, Yu Yangyi, Zherebukh et Shimanov. Ils étaient les premiers candidats à la victoire finale. Par contre, je ne considérais pas le hongrois Rapport comme favori.

- C'est-à-dire que dès le début tu les voyais obtenir le titre. Et comment ça colle avec l’objectif de faire « +7 » ?

- Et bien, il faut être objectif…Je croyais et je continue de croire que Ding Liren est plus fort. Mes parties contre Alexandre Zherebukh sont toujours acharnées, en quelque sorte elles fonts penser aux matchs entre le « Barça » et le « Réal » au foot quand le résultat dépend non de la force des joueurs mais de la tension nerveuse. Quant à Alexandre Shimanov, je trouve que c’est un fort joueur d’échecs. Si son attitude avec le jeu d’échecs était un peu plus sérieuse, il serait déjà un joueur de 2700 elo…

- Te trouves-tu sûr de toi ou bien te sous-estimes-tu ?

- Je penses être assez sûr de moi, bien qu’il me manqua justement un peu d’assurance lors des dernières parties…Me trouvant en tête du tournoi, j’avais peur d’entrer dans les complications, mais à la dernière ronde je n’avais pas le choix : mon adversaire avait trop envie de me battre et tout de suite après l’ouverture il chercha les embrouilles dans une attaque directe.

 

 

- Est-ce que ton impression au sujet de la force des adversaires correspond bien à leur résultat final à l’issue du tournoi ? Ou bien un seul tournoi n’est pas caractéristique…

- En parlant des chinois, cela correspond bien : Ding Liren n’a perdu aucune partie en montrant un très bon niveau de jeu. Mais son style trop solide l’a empêché d’avoir plus de points. De son côté, Yu Yangyi joua aux échecs différemment : il fonçait aveuglement devant lui avec les blancs, et avec les noirs. Il a bien commencé le tournoi, mais vers la fin a ralenti . Shimanov et Zherebukh n’ont pas trouvé leur jeu, sur quoi je pense qu’un seul tournoi n’est pas un caractéristique, effectivement. Quelques-uns ont réussi, les autres non…

- Y-a-t-il un joueur qui t’a étonné en se transcendant ?

- Le chinois Wei Yi ! Il n’a que 13 ans et son ELO en cours est déjà à presque 2450. C’est justement lui qui a infligé la seule défaite à Rapport en me libérant ainsi le chemin vers la victoire.

- il n’y a rien d’autre qui t’a impressionné lors de ce tournoi ?

- Pas trop. Comme je l’ai déjà dit, ce fut comme un open ordinaire…

- Comme tu l’as indiqué, tu avais un objectif concernant le déroulement du tournoi. Est-ce qu’une « planification » t’aide vraiment et comment agis-tu quand tes plans ne se réalisent pas ?

- Pour dire toute la vérité, ce fut la première fois de ma vie que je me suis imposé un objectif concret lors d’un tournoi. Jusque-là je tachais simplement de faire de mon mieux… A mon avis, si certains plans ne se réalisent pas, alors il faut prendre une décision volontaire et se tourner vers un autre plan. Une rigidité excessive n’est pas la meilleure des qualités aux échecs où il faut savoir manœuvrer. 

- Comment as-tu obtenu tes « +7 » (Ndt : 7 victoire) et quel fut le moment critique du tournoi où tu compris que tu pouvais devenir champion du monde ?

- Lors des quatre premières rondes tout était facile car il y avait une grande différence de niveau avec mes adversaires. Je trouve que je n’ai battu qu’un seul bon joueur qui pouvait réellement être dangereux : Nils Grandelius (j’avais les noirs lors de la 6 ronde). Cette partie pourrait faire plaisir à Philidor car j’ai réussi à compresser mon adversaire avec les pions. Mais c’est après la partie de la 9ème ronde contre Ter-Sahakyan qu’arriva le moment critique : j’avais les blancs mais j’obtins une position inférieure après l’ouverture. Puis tout au long de la partie j’ai lutté pour m’en sortir. Samvel a joué toute la partie à un très haut niveau, mais juste à la fin il n’a pas fait le coup qui me forçait à abandonner. Je trouve que je n’ai pas mérité cette nulle, cependant grâce à elle j’ai compris que la réussite était de mon côté et que je devais absolument me battre pour la première place !

 

 

- Il est inutile de te poser la question de savoir quelle fut ta meilleure partie ?

- Oui, c’était bien celle contre le suédois. J’ai beaucoup de respect pour Nils que ce soit sa personnalité ou en tant que joueur d’échecs. J’étais très content de pouvoir le battre. Je trouve que je joue assez bien les positions dynamiques, et cette qualité m’a aidé dans la partie contre Nils. D’ailleurs, ce fut sa seule défaite du tournoi. Il termine 3ème ex-aequo.

- A quel point tes côtés forts se sont manifestés dans cette partie ? Et en général, trouves-tu que tu es un joueur romantique ou plutôt pragmatique ?

- Je crois que je suis plutôt pragmatique que romantique. J’en suis même persuadé. Cette qualité s’est surtout manifestée lors de la 12ème ronde quand j’avais les noirs contre le chinois âgé de 13 ans. Malgré son petit elo de 2418, j’ai décidé de jouer rigoureusement pour faire nulle, pour éviter tous les risques. Je ne suis romantique que dans la vie, et encore rarement.

- Qu’as-tu ressenti quand tu as réalisé que tu étais le champion ? Ou bien es-tu déjà habitué aux victoires ?!

- (Après une pause) Je souhaite préciser que…c’est ma seule grande victoire dans ma carrière de joueur d’échecs ! Je n’ai jamais obtenu auparavant de première place dans un tournoi à cadence classique, bien qu’il y ait des tournois où j’étais en tête avant la dernière ronde. Par exemple à Capelle-la-Grande.  

Avant la dernière ronde (la partie contre Shimanov) j’étais très nerveux et j’avais peur que mes nerfs allaient lâcher à un moment crucial…Le soutien de mes proches m’a beaucoup aidé. Le soutien de ma mère, de ma petite amie, de mon entraineur, de mes amis et bien sûr le soutien de la fédération turque des échecs, dont les représentants ont mis en œuvre les meilleures conditions pour ma réussite. A un moment donné j’ai compris que je n’avais pas le droit de les décevoir. J’ai bu beaucoup de café et je suis parti jouer ! Et quand mon entraineur m’a pris dans ses bras, alors j’ai réalisé être champion du monde. 

- C’est donc la première grande victoire de ta carrière ?!

- Oui ! Je ne suis pas encore habitué aux victoires, bien qu’il soit déjà peut-être temps…

- En prenant connaissance du palmarès de ton enfance, il est effectivement frappant de voir la quantité des deuxièmes places que tu as obtenues…rien qu’en prenant les championnats d’Ukraine, on constate quatre médailles d’argent ! Mais il est surprenant d’apprendre que tu n’as jamais été premier. On peut supposer que les émotions t’ont envahi lors de ce titre ?

- Ce n’est pas le mot ! Je voulais embrasser le monde entier. Et je souhaite dédier cette victoire à mon père qui n’a malheureusement pas vécu jusqu’à ce moment. Il est décédé en mai de cette année…Un grand merci à ma mère qui m’a toujours soutenu depuis ma naissance, merci également à ma petite amie qui m’a inspiré par sa présence…Car plus la fin du tournoi s’approchait, plus ce fut difficile de supporter la tension, et quand le combat devenait de plus en plus rude, son soutien fut très important, je lui suis reconnaissant. En fait, je voudrais remercier beaucoup de monde… 

 

 

- Vas-y, c’est ton heure de gloire !

- Encore une foi je souhaite remercier la fédération turque des échecs, ainsi qu’ Ali Nihat Yazici en personne (ndt : président de la fédération turque des échecs), pour son grand soutien et la confiance qu’il a porté en moi. Je suis sûr que la décision de m’affilier à la fédération turque fut l’une des plus importantes de ma carrière. J’aimerai également remercier mes entraineurs : Efstratios Grivas (il se trouvait à Athènes et m’a beaucoup aidé avec sa préparation dans les ouvertures ainsi qu’avec sa préparation psychologique), Miodrag Perunovic (il me soutenait via internet en donnant des conseils précieux), Mikhail Kozakov, Victor Jeliandinov et Victor Scherbakov. Avant le championnat j’ai bénéficié d’un stage avec Sergei Tiviakov en Turquie. Ses conseils m’ont également aidé. Outre cela, pendant le tournoi j’avais le soutien de Pavel Eljanov à qui je suis aussi reconnaissant.  

- C’est une véritable brigade pour un match du championnat du Monde !

- Et ce n’est pas tout. Un merci particulier à Anton Mikhailov, au site Chessdom, et aussi à Yasin Emrakh Yaguise, qui m’ont beaucoup aidé dans ma carrière de joueur d’échecs. Merci également aux clubs pour lesquels je joue : İstanbul Teknik Üniversitesi (Тurquie), C.E.Barberà (Espagne), SK Turm Emsdetten (Allemagne) et “Youracadémie” (Ukraine). Outre cela, merci beaucoup aux organisateurs du championnat : à la fédération grecque et personnellement à Georgios Makropoulos, Nigel Freeman et George Mastrokoukos. Tout fut d’un très haut niveau !

- Je voulais te demander : les gars ukrainiens, ceux qui tu connais et avec qui tu as joué durant ton enfance, t’ont-ils félicité avec la victoire, t’ont-ils encouragé lors du tournoi ?

- bien sûr, ils m’ont félicité, mais je ne sais pas si ce fut sincère…Je n’ai pas d’illusion à ce sujet…Parmi tous ces gens qui m’ont félicité, pas tous souhaitèrent me voir gagner. La vie est une chose dure, et, Dieux merci, je l’ai compris suffisamment tôt.

Oh, j’ai oublié de mentionner une autre source d’encouragement : une sélection vidéo des buts de mon club de foot préféré, le « Barça ». Je peux voir ça en boucle.

 

 

- Tu essayes de jouer dans leur style ?

- Aux échecs ce n’est pas facile. C’est plutôt pour mon inspiration. Pour pouvoir jouer dans ce style il faut avoir une grande culture de foot.

- Et quand est-il avec la culture échiquéenne ? Te prends-tu pour un élève de l’école soviétique ? Ou plutôt alors comme un joueur de l’époque des ordinateurs ?

- Non, pourquoi ? J’ai grandi exclusivement avec les livres d’échecs soviétiques… Maintenant j’utilise un ordinateur, mais, à mon avis, les livres m’ont apporté beaucoup plus pour la compréhension du jeu d’échecs.

- Tu écris sur ton site que ton père a commencé à travailler les échecs avec toi quand tu avais 4 ans. Ce fut un désir conscient de faire de toi un professionnel ou un jeu d’enfant qui t’a attiré plus que les autres ?

- A une certaine époque mon père fut élève d’un entraineur connu : Victor Kart. Il a formé Beliavsky, Mikhalchichin, Romanichin, Litinskaya . Je suppose donc que papa avait envie que je devienne plus fort que lui. Il m’a appris les règles, puis m’a donné quelques leçons, mais c’est maman qui m’a inscrit au club.

- Ils t’ont poussé pour que tu travailles les échecs ?

- Enfant, je préférais jouer à des jeux plus amusants comme le foot ou les jeux de cartes, alors mes parents me forcèrent à jouer aux échecs. Mais quand j’ai un peu grandi, je me suis mis à travailler volontairement les échecs...

- « volontairement » est un mot un peu sévère quand on parle d’un adolescent ! Et tu n’as jamais regretté d’avoir choisi la voie de joueur d’échecs professionnel ?

- la voie d’un pro des échecs est épineuse et ingrate, mais je ne regrette rien. Je suis prêt à me frayer un chemin jusqu’au sommet, puisque le monde est rude et qu’on ne peut pas faire autrement…

 

 

- A propos, as-tu eu l’occasion de rencontrer Kart en personne ? Ou bien ses élèves, dans une ambiance amicale, puisqu’ils suivaient les cours ensemble avec ton père ?

- J’ai rencontré Victor Emmanuelovich en juin 2009 lors du tournoi de blitz organisé en l’honneur de ses 80 ans. C’est un homme très correct et agréable en conversation. Quant à ses élèves, je me souviens qu’Adrian Bogdanovich Mikhalchichin m’a donné quelques leçons d’échecs. Il avait choisi des thèmes très intéressants du genre « Cavalier contre Fou ». Ses conseils m’ont beaucoup aidé, je garde toujours en mémoire ses vérités et ses conclusions. Cette année, au tournoi de Sarajevo, j’ai terminé quatrième ex-aequo  avec  Beliavsky, mais je n’ai pas eu l’occasion de discuter avec lui...

Si mon papa avait été un joueur d’échecs, alors j’aurai pu avoir plus de relations avec tous ces gens, mais il quitta le groupe de Kart à l’âge de 9 ou 10 ans. Cependant, que je sache, il garda des relations avec les élèves de Kart, mais leurs conversations ne tournaient pas autour des échecs.

- Après avoir compris que les échecs te réussissaient bien, n’as-tu pas envie de t’essayer à d’autres jeux intellectuels ou bien à d’autres sports ?

- Non, j’ai toujours cru en moi. Et mes parents aussi….quand il y eut des moments difficiles, je savais que c’était temporaire. Quant aux autres sports, j’ai toujours aimé jouer au foot et au ping-pong, mais à un niveau amateur, bien entendu.

Ces derniers temps je me suis intéressé à des lectures sur le thème de la motivation et du business. Je lis quand j’ai du temps libre, j’agrandi mon espace vital. Cela m’aide beaucoup…

- As-tu un objectif aux échecs, un but que tu voudrais absolument atteindre ?  Peut-être, devenir champion du monde ? Ou bien les échecs n’est qu’un tremplin pour le futur ?!

- Je pense que c’est une question rhétorique. Chacun voudrai devenir champion du monde…au fond de moi je le souhaite et je tacherai de le devenir. Si je suis devenu champion du monde junior, alors pourquoi ne pas essayer parmi les adultes ?!  Pour le moment je compte être un joueur professionnel, mais il faut toujours avoir des alternatives. Par exemple, je suis actuellement étudiant à l’université de Kharkov, qui porte le nom de Yaroslav le Sage. J’étudie à la faculté juridique.

 

- Pourquoi là-bas ?

- La « Yuracadémie » a toujours été connue pour ses dispositions particulières vis-à-vis des joueurs d’échecs. Beaucoup de grands maîtres y ont fait leurs études : Pavel Eljanov, Alexandre Moiseenko, Valeri Aveskulov, Alexandre Kovchan et d’autres. On m’a proposé de faire mes études gratuitement, alors j’ai accepté. Cela ne sera pas mauvais d’avoir un diplôme de juriste en cas de jours sombres !

- Tu penses qu’un jour tu exerceras le métier de juriste ?

- C’est peu probable, mais tout peut arriver dans la vie. En sport quelle que soit la discipline, la concurrence est rude, mais je le redis encore une fois : je sais me frayer un chemin avec mes coudes et je suis prêt à aller au sommet. 

- Depuis 15 ans que tu joues aux échecs, n’en as-tu pas marre ?

- J’ai un autre centre d’intérêt. Je ne dirais pas que je me lève le matin avec des pensées au sujet des échecs et que je m’endors avec. Le temps quand je joue aux échecs me plait. Je ne le cache pas : les échecs ne prennent pas autant de place dans ma vie comme, par exemple dans la vie d’Ivanchuk, j’ai beaucoup d’autres activités et je suis tout simplement content de vivre dans ce Monde. La vie est magnifique !

Mais je comprends bien que le jeu d’échecs est pour moi à l’heure actuelle l’activité principale. Par exemple, je me sens très fatigué après ce championnat du monde, néanmoins j’attends le début des olympiades. J’ai envie d’aider la sélection nationale de Turquie à triompher à domicile.

- Tu écris que du parles quatre langues, que tu joues dans les championnats par équipes et dans les tournois dans beaucoup de pays – est-ce parce que tu aimes voyager ou est-ce arrivé par la force des choses ?

- Actuellement j’apprends une cinquième langue – le turc. Oui, j’aime beaucoup voyager, rencontrer les gens. Mon rêve est de visiter l’Australie et Nouvelle-Zélande.  Mais le lieu que je préfère sur terre est le « Camp Nou ». Le foot est comme une religion en Catalogne…

Et le « Barça » c’est quelque chose ! J’ai eu de la chance d’assister à six de ses matchs dont un el-classico contre le « Réal », quand le « Barça » a gagné avec un score 3 à 2 lors de la super-coupe-2011. « Camp Nou » est un lieu sacré et ceux qui aiment le foot doivent le visiter.

- Peux-tu raconter comment tu t’es retrouvé en Espagne ? il semble que tu allais de plus en plus haut dans les championnats d’Ukraine et soudain, vlan ! Tu changes de fédération

- Pas soudainement. A l’époque quand je jouais encore sous le drapeau ukrainien, la fédération ukrainienne se laissait guider par des principes étranges. Pour les dirigeants, les joueurs d’échecs n’étaient pas considérés comme des personnes mais comme une source de profit. Les choses se sont améliorées maintenant avec la venu d’un nouveau président, la sélection nationale a maintenant un bon entraineur. Il me semble que désormais la fédération d’échecs ukrainienne est entre de bonnes mains et j’en suis ravi.

Comment je me suis retrouvé en Espagne ? On m’a proposé de jouer pour un club, puis a suivi une proposition de changer de fédération. Je n’ai pas hésité longtemps. J’ai changé de drapeau…

 

- C'est-à-dire que tu n’as pas déménagé ?

- Non ! J’ai toujours vécu en Ukraine, mais j’allais plus souvent en Espagne. J’y restais environ 2-3 mois en jouant pour le club et dans les tournois locaux, bien que ce ne fût pas fréquent.

- La vie échiquéenne est-elle dense là-bas ? Le championnat des clubs, les opens…

-Oui, en Espagne toutes les conditions sont réunies pour les amateurs, mais pas pour les professionnels. En été la majorité de tournois d’échecs mondiaux se déroulent en Espagne et surtout en Catalogne. Malheureusement, c’est principalement des opens avec une enveloppe globale des prix ne dépassant pas les 10 000 euros, et les exceptions sont rares.

- En revanche il y a beaucoup de forts joueurs qui jouent pour les clubs : Anand, Topalov, Shirov…

- Oui, tout à fait. Depuis 2007 et jusqu’à ce jour je joue pour le club catalan C.E. Barberà. Je suis reconnaissant à son président Victor Ponte qui a fait beaucoup de chose pour moi. Parmi les forts joueurs je connais Alexey Shirov qui est mon idole ! C’est une personne parfaite et un joueur d’échecs génial. Mais je ne dirais pas que c’est pour son style de jeu que je l’aime. Il est mon idole plutôt sur le plan humain : il n’est pas fier, communique avec les gens sur un pied d’égalité. C’est une qualité très importante pour un sportif.

J’ai également rencontré à plusieurs reprises Anand et Topalov, je sais où ils habitent, mais, malheureusement, je n’ai pas de relations personnelles avec eux. Un jour, peut-être, j’aurai l’occasion de faire une plus ample connaissance.

- C’est maintenant plus clair avec l’Espagne. Mais comment t’es tu retrouvé parmi les turcs ?

- C’est le présidant de la fédération en personne qui m’a fait une proposition que j’ai tout de suite acceptée. Une telle chance ne se présente qu’une seule fois dans la vie. Il est agréable de travailler avec des professionnels comme sont Yasizi et son équipe. Ils m’aident activement et me soutiennent.

- en quoi cela consiste ?

- En tout ! Il y a beaucoup d’aspects…Ils ont des projets ambitieux et j’en suis ravi. Durant ces dernières années c’est l’une des fédérations au monde qui s’est développée le plus dynamiquement, elle a évolué de façon incroyable et cela continue.

J’ai pu juger par moi-même à quel point ils sont attentifs, tout l’intérêt porté aux joueurs et qu’ils font tout leur possible pour que les joueurs soient dans les meilleures conditions.

- Quel est le périmètre de ton contrat ? Une participation dans la sélection nationale ?

- Entre autre, et j’attends avec impatience cette prestation. C’est un grand honneur !

- Puisque le nom de Yasizi est déjà apparu dans notre conversation, il semble impossible de ne pas parler l’histoire scandaleuse de ses relations et de la chasse aux sorcières vis-à-vis d’Atalik…que penses-tu de cette affaire ?

- Je ne connais pas trop la situation, mais d’après ce que je sais, Atalik a de mauvaises relations avec tous les membres de l’équipe olympique de Turquie. Et, une remarque importante, c’est lui qui est à l’origine de ces mauvaises relations. Les conclusions viennent toutes seules, comme on dit…

- Es-tu content de la façon dont se déroulent ta carrière du joueur d’échecs et ta vie personnelle ?

- A part le décès de mon père, tout est parfait dans ma vie !

- Si tu avais péché un poisson d’or, quelles seraient tes trois veux ?

- Une longue vie et une bonne santé à mes proches, à mes amis, et à moi-même. Mon deuxième veux est de jouer au foot dans l’équipe du « Barça ». Et le troisième ? être un homme heureux et profiter de la vie !