Fabiano Caruana : « Beaucoup de travail difficile… »

Теxte: Еvgeny Аtarov

Photos: Аrchives de Fabiano Caruana

Ce petit et mince italien est arrivé de nulle part. Quoi que le mot « arrivé » ne convienne pas tout à fait. Il est entré en courant, il a fait irruption…Il semble qu’hier encore, Caruana jouait dans de multiples opens et championnat par équipes, et aujourd’hui Fabiano lutte à égalité de force contre les joueurs de l’élite mondiale ! Un fait étonnant pour les échecs modernes : il a réussi à se glisser à un niveau supérieur sans passer par l’étape « préparatoire » des tournois intermédiaires. De la misére à la richesse.

Sa biographie est digne d’un roman. Il apprit à jouer aux échecs vers l’âge de 10 ans. A 12 ans il prend la décision approuvée par ses parents de devenir un joueur professionnel, et part en Europe à la recherche de la fortune. Il s’entraine avec un premier entraineur, puis avec un autre, puis un troisième, il change de ville, de pays, en impressionnant tout le monde par son aptitude au travail et sa passion pour la culture échiquéenne. Il absorbait toutes ces connaissances, telle une éponge. Et il jouait, jouait…Un adulte aurait eu du mal à supporter un tel rythme de vie au bord de la folie, mais cela n’entama en rien la détermination de ce jeune homme !

Et ce n’est pas étonnant qu’en traversant comme une flèche dorée des dizaines d'opens, de championnats jeunes et par équipe, il apparut dans le gotha des Grands Maîtres à 2700 ELO, n’ayant peur de personne et prêt à écrire une nouvelle page de l’histoire du jeu d’échecs…

Caruana est un nihiliste typique qui souhaite changer le monde. Y-arrivera–t-il ? S’il continue ainsi, alors dans un an ou deux nous chanterons à sa gloire, et non plus à celle de Carlsen ou d’Aronian. Mais pour le moment, faisons sa connaissance.

Evgeny Atarov : Fabiano, te souviens-tu du jour où tu as découvert le jeu d’échecs et… as-tu des regrets aujourdhui de d’être voué corps et âme à ce jeu ?

Fabiano Caruana : 
J'ai appris à jouer relativement tard, quand j'ai terminé l'école primaire. A l'époque j'avais à peu près 10 ans...
Cela s’est passé complètement par hasard. Dans mon téléphone mobile il y avait un programme d’échecs. J’étais intéressé de connaître ce jeu et j’ai appris les règles. Au début ce n’était qu’un divertissement, mais finalement cela m’a passionné tellement que deux ans après, à l’âge de 12 ans, j’ai commencé ma carrière professionnelle de joueur d’échecs.

Е.А.: Une carrière professionnelle à 12 ans ?! N’exagères-tu pas ?

F.C.: Non, vers 12 ans, je m’entrainais déjà beaucoup, et en permanence. J’ai commencé à enchaîner les tournois, donc je ne pense pas que cela soit exagéré. Tout est arrivé très vite.

Е.А.: Quelles étaient tes autres occupations à cet âge ?

F.C.: Si je me souviens bien, j’ai toujours fait beaucoup de sport. Avant tout, du squash, ainsi que du tennis. Mais cela est déjà loin…

Е.А.: Qu’est ce qui t’a séduit à ce point dans le jeu d’échecs ?

F.C.: Оh, c’est un jeu très compliqué. On peut y consacrer vingt ans et toujours trouver des points faibles dans son jeu, il faut toujours se perfectionner. J’aime progresser, apprendre des nouvelles choses…Plus tu apprends, plus tu en as envie !

Et si on observe bien les meilleurs joueurs, on voit qu’il y a parmi eux des gens de 40 ans et des gens très jeunes…Aux échecs il est possible d’obtenir rapidement des bons résultats, mais à partir d’un certain moment, il devient difficile de progresser.

Е.А.: On croyait auparavant que les échecs apprenaient la patience et que la progression se faisait progressivement !

F.C.: La situation a beaucoup changé avec l’apparition des ordinateurs. Maintenant on peut progresser assez rapidement grâce à son talent et à un entrainement constant. Cependant, en arrivant à un certain niveau, il devient très difficile d’augmenter sa force.

Е.А.: As-tu besoin de jouer et de t’entrainer régulièrement ?

F.C.: Tout d’abord j’ai besoin de jouer ! Je peux dire que je ressens un plaisir énorme dans les situations de rivalité. S’entraîner aujourd’hui signifie travailler beaucoup avec un ordinateur et être créatif. La machine sait bien réfuter et l’homme doit savoir créer. Je préfère plutôt jouer des parties car nous nous retrouvons avec mon adversaire dans des conditions d’égalité : il trouve des idées, moi aussi je trouve des idées…

Е.А.: Quel objectif te fixes-tu avant de prendre place devant l’échiquier : veux-tu avoir le plaisir de jouer ou bien veux-tu gagner la partie et obtenir un point de plus au classement ?!

F.C.: Pour moi, les échecs sont une lutte. Avant tout, je veux gagner. Evidemment, j’aime quand j’arrive à créer quelque chose de spécial sur l’échiquier : une jolie idée, quelque chose que je pourrai plus tard me remémorer avec fierté...

Е.А.: En URSS, les échecs étaient considérés à la frontière de l’art, de la science et du sport. Et chacun de ces domaines avaient ses adeptes. Auprès duquel te sens-tu le plus proche ?

F.C.: Il m’est difficile de donner une réponse exacte… Ce serait plutôt les trois. Parfois, j’ai envie de jouer de façon créative, rongé par l’envie de sacrifier, d’attaquer. De temps en temps, je me sens comme un chercheur, surtout si je me heurte à quelque chose que je ne connais pas encore. Je m’assois alors devant mon ordinateur, chez moi, et j’analyse… Mais, évidemment, je suis avant tout un sportif ! Le public exige de grands résultats, souhaite que dans toutes les positions on fasse le meilleur coup. En fait, ce sont surtout tes résultats qui définissent ta place dans ce monde… Je ne suis pas obsédé par le côté sportif de notre métier, mais il influe sérieusement sur nos décisions.

Е.А.: Durant quelques années je n’ai pas suivi la vie échiquéenne, et je fus très surpris de voir un joueur italien dans le top 100 mondial qui, en plus, monte plus haut et encore plus haut. Je connais bien les sportifs italiens dans les autres sports : pilotes de courses automobiles, skieurs, cyclistes. Mais comment expliquer l’apparition d’un joueur d’échecs du top 10 mondial dans un pays sans tradition échiquéenne ?  

F.C.: Je n’ai pas de réponse. Peut-être, en partie du fait que je ne suis pas né en Italie et je dois encore m’adapter à mon pays d’origine. Bien que je tienne à remarquer qu’en Italie le sport est bien implanté et qu’il y a beaucoup de forts athlètes dans plusieurs disciplines sportives.

Il est évident que chaque gamin de ce pays rêve de devenir un joueur de foot. Concernant les échecs, Je ne sais pas…Est-ce un nouveau tournant ? Ou bien une anomalie ?

Е.А.: Avant toi, dans les échecs contemporains, il n’y a eu qu’un seul phénomène de ce genre, c’est Anand. Vishi, lui aussi, est devenu un joueur d’échecs remarquable dans un pays sans forte tradition échiquéennes…Qu’avais-tu de si spécial pour te décider à devenir un joueur professionnel à 12 ans ?

F.C.: Comme je l’ai déjà dit, au début je ne jouais que pour le plaisir. Et ensuite, quand de jour en jour je jouais de mieux en mieux, je me suis dis : pourquoi pas ? Je suis rapidement devenu le meilleur de ma catégorie, puis les bons résultats se sont enchainés.

Е.А.: Que pensait ta famille au sujet de ta passion pour les échecs ?

F.C.: Mes parents m’ont toujours soutenu dans tous les domaines. Le plus important pour eux fut le fait que leurs enfants soient heureux quelles que soit leurs activités. Ils ont bien pris la nouvelle quand je leur ai dis que je voulais devenir un joueur d’échecs.

Е.А.: As-tu une grande famille ?

F.C.: J’ai un frère et une sœur, et ils sont beaucoup plus âgés que moi. Ma sœur a 40 ans, et mon frère a encore plus. Ils ont leur propre famille, leurs enfants…

Е.А.: quelqu’un de ta famille joue aux échecs ?

F.C.: Seulement mon père et mon frère, mais pas trop.

Е.А.: As-tu déjà joué contre eux ?

F.C.: Quelques fois quand j’étais encore petit. Ils n’en brûlaient pas d’envie, moi non plus.

Е.А.: Et pourtant beaucoup de gens trouvent que ton père est obsédé par la carrière de son fils…

F.C.: Je pense que ce sont des exagérations. Mon père a effectivement beaucoup fait pour moi, pour le développement de ma carrière de joueur d’échecs, mais le qualifier d’obsédé est déplacé.

Е.А.: Est-ce que le fait de déménager d’un continent à un autre, en passant des Etats-Unis d’Amérique à l’Espagne, puis à la Belgique, ne montre pas une certaine démesure ? Peu de parents seraient prêts à faire ça…

F.C.: Mes parents souhaitaient vraiment développer mon talent. Je les en remercie.

Е.А.: Quelle fut ta première action lorsque tu as décidé de devenir un joueur d’échecs professionnel ?

F.C.: Nous comprenions que pour atteindre le succès, il fallait beaucoup d’entrainements et d’apprentissages. Nous ne savions pas de quelle aide j’avais besoin. Au début, j’essayais de m’entrainer seul, avec des livres, des revues… Je passais de nombreuses heures chaque jour devant mon échiquier.

Je trouve que cela fut une étape très importante : je développais ma détermination au travail. Après, j’ai commencé à m’entrainer avec Bruce Pandolfini et Miron Cher, quand je vivais encore aux USA. Puis j’eus toute une série d'entraîneurs, et avec chacun d'eux, j'ai appris quelque chose de différent ...

Durant ces deux dernières années j’ai travaillé avec Vladimir Chuchelov. Je suis très content d’avoir réussi à le convaincre de travailler avec moi et j’espère que notre collaboration durera très longtemps. C’est un excellent entraineur, il connaît beaucoup de chose et sait transmettre la passion.

Е.А.: Lors de tes déplacements à travers l’Europe tu as pris des cours avec Alexandre Chernin, Alexandre Beliavsky, Yuri Razuvaev. Avant eux tu avais un bon professeur, Boris Zlotnik. Pourrais-tu te qualifier d’élève de l’école échiquéenne soviétique ?

F.C.: Peut-être, mais c’est quand même trop. J’ai beaucoup appris avec eux et je me rappelle de leurs conseils quand je m’attaque à un nouveau travail. Il n’y a jamais trop de savoirs…

Е.А.: Comment définirais-tu ton style ? Es-tu un tacticien ou plutôt un stratège ?

F.C.: Je ne pense pas qu’il faut procéder ainsi avec des catégories. Je trouve que je suis bon dans le combat. J’éprouve du plaisir à jouer tous types de positions : stratégiques et tactiques. Je n’essaye pas d’éviter quelques choses. Je sais attaquer en présence de toutes les pièces sur l’échiquier et je sais manœuvrer dans les positions à peu prés égales; je n’ai également rien contre le fait de jouer des finales.

Е.А.: Cela est évident pour aujourd’hui, mais comment jouais-tu quand tu étais petit ?

F.C.: Оh, à l’époque je préférais attaquer pratiquement tout le temps. J’adorais sacrifier des pièces, atteindre le roi adverse. Pendant assez longtemps je jouais ainsi, mais, arrivé à un niveau plus élevé, j’ai compris qu’on ne pouvait pas toujours gagner avec une attaque directe contre le roi…Alors, il m’est apparu nécessaire d’apprendre à manœuvrer, à me défendre, pour que mon style soit universel.

Е.А.: Avais-tu une idole aux échecs ?

F.C.: Difficile à dire…Il y a beaucoup de forts joueurs d’échecs dont j’ai étudié les parties. Il est difficile d’en choisir un. Peut-être ce sont Kasparov et Fischer qui m’ont impressionné le plus. Pour moi ce sont les deux plus grands joueurs de l’histoire du jeu d’échecs. Je connais beaucoup de leurs parties par cœur et j’en découvre avec plaisir des nouvelles.

Е.А.: La majorité des enfants, quand ils apprennent à jouer aux échecs, tombent amoureux de ce jeu. Mais, petit à petit, l’amour s’en va, à cause du travail à fournir, et laisse sa place à la nécessité. Durant ces années de travail intensif, n’as-tu pas perdu ton amour pour les échecs ? 

F.C.: il est sans doute difficile de garder le même charme initial durant toute la vie. J’ai le même parcours, mais, croyez-moi, je ne commence pas à détester les échecs…Avec le temps il y a des choses aux échecs que j’apprécie plus que les autres, mais à chaque fois je trouve quelque chose d’exceptionnel pour moi. Je vais très bien ! Les échecs offrent beaucoup de perspectives aux joueurs d’échecs, il suffit de se rappeler de la possibilité de voyager et de découvrir le monde.

Е.А.: Mais quand même, éprouves tu toujours le même amour ?

F.C.: Hum… Peut-être que oui. Je n’ai jamais médité à ce sujet, mais puisque vous le demandez, alors, oui, Je trouve un immense plaisir quand je m'installe devant l'échiquier, à chaque fois !

Е.А.: On le sait, il y a des joueurs d’échecs chercheurs et des joueurs d’échecs praticiens. Je pense qu’il est inutile de te demander à quelle catégorie appartient Caruana ?

F.C.: Vous vous apprêter à me mettre dans la catégorie des praticiens?

Е.А.: Et ce n’est pas vrai ?

F.C.: J’aime ces deux directions aux échecs. Bien sûr que, comme tout le monde, j’ai de la flemme de temps en temps et cela m’arrive de ne pas être préparé à merveille pour une partie. Puis c’est plutôt l’aspect ludique qui m’attire le plus aux échecs ; j’aime cet aspect de confrontation. Mais cela ne veut pas dire que je n’aime pas travailler les échecs… J’admire Kramnik, son talent de trouver des diamants là où les autres ne voient rien. Mais j’aime également l’approche de Carlsen qui parfois connait moins que son adversaire mais qui est capable de lui imposer la lutte sur un terrain égal…

Е.А.: Qu’est-il nécessaire à un joueur professionnel pour progresser constamment ?

F.C.: Tout d’abord, il ne faut jamais baisser le niveau d’exigence envers soi-même. Il faut travailler constamment et ne pas s’autoriser des pauses et des faveurs. Il est très important de mon point de vue de maintenir sa forme, c’est-à-dire de rester compétitif. Il faut être au courant de tout ce qui se passe dans les échecs, travailler pour s’améliorer, trouver des nouvelles idées et apprendre des nouvelles choses. Si vous êtes talentueux et si vous faite tout cela, vous allez progresser constamment. Je ne pense pas qu’il existe une autre recette pour se perfectionner.

Е.А.: En te regardant, parfois on se pose la question de savoir où tu trouves des forces pour t’adonner autant au jeu et au travail ? N’éprouves-tu pas des problèmes « d’énergie » ?

F.C.: Oui, les échecs demandent beaucoup d’énergie. Après avoir joué une partie qui a duré 7 heures, tu tombes de fatigue… C’est vrai. Mais cela ne me pose pas de problème. Comparé aux autres joueurs, je ne me fatigue pas énormément pendant la partie. Je ne sais pas dire à quoi cela est lié, peut-être, est-ce une particularité de ma physiologie. Je me rétablis vite et je retrouve vite mes forces.

Е.А.: Pratiques-tu un sport comme la gymnastique, la musculation ou la course à pieds ?

F.C.: C’est indispensable. Je vais dans une salle de sport, je fais beaucoup de marche à pieds...

Е.А.:  Y consacres-tu beaucoup de temps ?

F.C.: Je me débrouille pour en faire tous les jours.

Е.А.: Même pendant les tournois ?

F.C.: C’est plus compliqué, mais je me débrouille quand-même…

Е.А.: Comment te sens-tu après avoir joué 20 parties en un mois?

F.C.: Ca dépend…Parfois cela me pose des problèmes, d’autres fois cela passe comme une lettre à la poste. Un travail régulier a forgé mon organisme, je me tâche de lui donner autant de charge qu’il exige et qu’il peut supporter. Et je supporte bien le calendrier de mes compétitions.

Е.А.: Au cours de ces derniers temps ton ELO ne cesse d’augmenter à grande vitesse…En es-tu surpris toi-même ? Il semble impossible de monter tout le temps en ELO ?

F.C.: Pourquoi pas ? Il est impossible de gagner toutes les parties, mais quand tu termines un tournoi avec un résultat positif après avoir fait un travail de qualité, gagner des points ELO est normal. Je n’ai pas remarqué avoir eu quelque chose d’immérité. Je fais simplement mon boulot.

Е.А.: Il me semble que tu n’as pas remarqué la frontière entre les opens et l’élite mondiale…Pourquoi continues-tu de jouer des opens depuis que ton ELO a dépassé la barre des 2750 ? Le plus incroyable est que tu continues de gagner les points !

F.C.: En effet, cela semble étonnant. Mais cela ne me pose pas de problème. J’ai toujours voulu jouer et je n’ai pas rejeté les propositions. Je l’ai fait surtout pour garder la forme et ne pas perdre le rythme. Il est cependant vrai qu’en jouant autant, tu prends des risques ! Il suffit d’être fatigué, de perdre une ou deux parties, et tes points ELO s’envolent. Mais... j’ai eu de la réussite et je n’ai rien perdu jusqu’à présent. Peut-être, suis-je chanceux ? Je ne sais pas. Mais pour le moment j’ai arrêté de jouer des opens.

Е.А.: Nous avons compris que tu es capable de jouer 20 parties et plus par mois. Mais conserves-tu toujours le plaisir de jouer, en te mettant si souvent devant l’échiquier ?

F.C.: Pas toujours. Il est impossible de jouer toutes les parties avec le même plaisir. Parfois tu peux être tout simplement fatigué. Mais je tâche d’avoir du plaisir par le jeu lui-même, dans chaque partie, et ne pas penser que j’ai déjà joué la veille, l’avant-veille et qu’il va falloir jouer demain. Tout de même, c’est mon travail et je dois le faire au mieux.

Е.А.: Comment as-tu réussi le processus de passage d’adversaires moyens à des joueurs de l’élite ?

F.C.: C’est une question difficile, j’ai du mal à y répondre tout de suite. J’ai beaucoup travaillé…

Е.А.: As-tu été contraint de changer quelque chose en toi, dans ton approche vis-à-vis des échecs ?

F.C.: Non !

Е.А.: Alors tu as continué à te préparer pour les parties comme auparavant ? Rien de nouveau ?

F.C.: Il se trouve que j’ai de bonnes méthodes. Je n’ai rien eu besoin de changer dans mon jeu. Certes, cela est devenu un peu compliqué avec les ouvertures. J’ai du revoir quelques aspects de mon jeu, renforcer quelques côtés, mais je n’ai pas eu besoin de remettre en cause mes méthodes anciennes et éprouvées.

Е.А.: Veux-tu dire qu’il existe une méthode universelle ?

F.C.: il n’y a rien de nouveau. Il faut travailler beaucoup et obstinément...

Е.А.: Et sur un plan psychologique ? Est-il possible que tu ne fus pas nerveux quand tu as rencontré pour la première fois Kramnik, Anand, Carlsen… As-tu ressenti leur force ?

F.C.: Oui, l’aspect psychologique dans ce cas est le moment le plus important. Il fallait comprendre qu’ils étaient simplement des gens avec leurs faiblesses et qu’eux aussi, ils peuvent se tromper.

Е.А.: Cette façon de voir les choses t’a-t-elle aidé ?

F.C.: Elle m’a libéré de mes émotions inutiles.

Е.А.: Et c’est tout ? il n’y a pas eu des nuits blanches de reconstruction d’un répertoire d’ouvertures ?

F.C.: Si, le travail sur les ouvertures est plus intense qu’avant. Mais globalement, il n’y a aucun problème. J’arrive à gérer tout cela. Mon entraineur m’aide beaucoup.

Е.А.: Combien de tournois de top niveau as-tu joué dans ta vie ?

F.C.: Wijk aan Zee et le mémorial de Tal. Il y a encore des tournois un peu moins forts comme Reggio-Emilia, Bienne…Le tournoi de Dortmund ne peut probablement pas être considéré comme un super tournoi. 

Е.А.: Que penses tu au sujet des tournois où il n’y a pas de possibilité de se détendre et d’avoir « un point sûr », quand tous les jours tu dois rencontrer des joueurs plus forts que toi ?

F.C.: C’est normal, cela me plait. Bien sûr que dans chaque tournoi il y a toujours un ou deux joueurs locaux qui sont un peu plus faibles que les autres participants. Pourtant cela n’est pas le cas en Russie, le pays où habite la majorité des plus forts joueurs du monde. Quand tu n’as pas la possibilité de souffler un peu, c’est difficile. Il faut trouver en soi des réserves. Par exemple, tu gagnes contre Kramnik et le lendemain tu dois faire une autre partie et ton adversaire ne sera pas beaucoup plus faible que Kramnik. Cette situation n’est pas habituelle pour moi.

Е.А.: Avant le début de ces tournois, comment estimes-tu tes chances pour les remporter ?

F.C.: bien sûr, avant le départ tu penses toujours à la place que tu peux prendre. Et tu mesures tes chances pour la victoire finale. A quoi bon de jouer un tournoi si ce n’est pour le gagner ? Je suis sûr qu’en mettant tout mon possible, j’aurai toujours des chances pour gagner, même dans un fort tournoi. J’y crois…

Pour le moment je ne suis peut-être pas encore prêt pour gagner ce genre de tournois, mais personne ne peut m’empêcher d’y rêver, d’espérer. Et surtout on ne peut pas m’empêcher de tenter ma chance.

Е.А.: A quel point le résultat d’un tournoi dépend de ta forme ? Y-a-t-il des moyens grâce auxquels tu retrouves ta forme. A Moscou, comme à Dortmund, tu n’as pas montré le meilleur de ton jeu dans les premières rondes…

F.C.: Oui, c’est vrai. J’ai mal commencé. A Moscou j’ai perdu contre Morozevitch à la première ronde, à Dortmund j’ai perdu à la deuxième ronde contre Ponomariov. Mais les affaire ont repris par la suite dans ces deux tournois.

Е.А.: A quoi pensais-tu après ta défaite écrasante contre Morozevitch ?

F.C.: A rien. Tantôt on gagne, tantôt on perd… A mon avis il ne faut pas dramatiser le résultat d’une partie d’échecs. Avant la partie j’étais satisfait car je l’avais déjà battu et lui aussi m’avait déjà battu. Il n’est pas utile de tirer de grandes conclusions à partir du résultat d’une partie. Bien sûr qu’après la partie je n’étais pas content de moi-même, mais ce n’était pas une raison pour s’auto flageller pour cela. Il y a encore un long chemin à parcourir, et c’est ce qu’a également démontré la suite du tournoi.

Е.А.: Est-il facile pour toi de contenir tes émotions après une partie, en particulier après une défaite ?

F.C.: Je sais faire face à cela. Il y a après de nouvelles parties à jouer et vous devez penser seulement à ça et ne pas pleurer sur les évènements passés. J’avais les blancs dans la partie suivante, aussi il était nécessaire d’essayer et de prendre toutes mes chances pour gagner. A mon avis il n'est pas bon de s'appesantir trop longtemps sur une partie. Si vous continuez à la faire, je pense qu'il est tout simplement impossible de jouer correctement la partie suivante...

Е.А.: Тu as en quelque sorte réussi remarquablement à ne pas penser à ta position dans le tournoi. As-tu une sorte de « programme » sur la façon de réagir si tu as un bon début de tournoi ou, au contraire sur la façon dont il faudra se ressaisir si les choses ne démarrent pas bien ?

F.C.: Non, je joue chaque partie comme elle vient. Ma situation dans le tournoi ou la façon dont j’ai joué contre un adversaire précédent ne doivent pas influencer ma façon de jouer !

Е.А.: Oui, à Moscou tu as commencé avec -1 et à Dortmund également avec -1, mais dans les deux cas à un moment donné tu t’es retrouvé à la première place. Peux-tu décrire les moments clés de ces combats de ton point de vue ?

F.C.: Ok, à Moscou c’est probablement lors de la deuxième ronde, quand j'ai réussi à me sortir d'une situation délicate contre Nakamura, malgré les blancs. Après les choses se sont améliorées : j’ai battu Tomashevsky en confiance (il ne connaissait pas la variante et j’ai obtenu immédiatement une position gagnante), puis j’ai battu également McShane et Kramnik (étonnamment avec facilité).

Е.А.: A quoi pensais-tu la veille de ta rencontre avec Kramnik ?

F.C. : J’étais d’humeur assez optimiste. Je me suis rendu compte que j’avais des chances de gain.

Е.А.: Avais-tu une motivation particulière derrière ça ?

F.C.: Probablement que je me sentais tout simplement bien. Auparavant j’avais survécu à une position désespérée contre Radjabov (j’ai joué l’ouverture vraiment mal et j’ai obtenu rapidement une position sans espoir), puis Kramink perdit contre McShane dans une partie qui fut difficile à tous les points de vue. J’ai pensé que dans un tel contexte il ne serait pas facile psychologiquement pour lui de jouer contre moi… Après tout, avant cela il avait aussi joué durant 7 heures sa partie contre Tomashevsky ; bien que le résultat de la partie fût finalement en faveur de Kramnik, ce résultat fut obtenu après de grandes difficultés.

Е.А.: Attends une seconde, tu as dit que tu ne prenais pas en compte de telles circonstances ?!

F.C.: J'ai dit que les émotions et les souvenirs ne devraient pas influencer votre préparation pour une partie. Mais le fait que l'adversaire soit épuisé et qu’il n’est peut-être pas dans une forme idéale - c'est quelque chose que vous devez savoir. Ceci peut vous aider à choisir une ouverture, ou la façon dont vous allez jouer ...

Е.А.: Est-ce que cela t’a influencé dans ta première rencontre avec Kramnik ?

F.C.: Oui, j’ai joué la partie écossaise que je n’avais jamais jouée jusqu’à présent. Ceci a sans doute été une surprise pour lui et en même temps la question était : étais-je prêt pour une vraie lutte ? J’étais prêt à jouer dans cette partie, et c’est ce que j’ai essayé au cours de la partie.

Е.А.: Beaucoup de gens ont été surpris par la pureté et le concret de ton jeu !

F.C.: Merci. Kramnik est un très grand joueur, un ancien champion du Monde…Un joueur qui perd très peu de parties. Ce fut un grand honneur de pouvoir le battre, j’étais vraiment très content.

Е.А.: Qu’as-tu pensé à ce moment de tes chances de victoire dans un tournoi de catégorie XX ?

F.C.: Elles étaient très importantes. J’étais chanceux avec le départage, et j’aurai été premier à la condition de ne pas perdre la dernière partie.

Е.А.: Mais c’était Aronian et tu jouais avec les noirs…

F.C.: C’est vrai, et contre Aronian il est désagréable d’obtenir une position sans espoir juste après l’ouverture. J’ai simplement oublié la variante que j’avais préparée pour la partie.

Е.А.: Est-ce que cela t’arrive ?

F.C.: Il me semblait que si une telle chose ne pouvait pas être exclue, elle demeurait hautement improbable…

Е.А.: Les nerfs ?

F.C.: Peut-être. Je n’ai pas analysé la situation en détail…

Е.А.: Est-ce que le fait d’avoir raté la victoire te dérange vraiment ?

F.C.: Oui, bien sûr. Chaque fois qu’il y a une possibilité de gagner un tournoi cela dépend de vous seul, et si vous laissez passer votre chance c’est plutôt ennuyeux. Cela aurait été la plus grande victoire de toute ma carrière échiquéenne. Mais que peut-on dire de plus, je suis totalement à blâmer.

Е.А.: Que penses-tu quand tu vois Carlsen et ses nombreuses victoires ?

F.C. : On ne peut rien dire d’autre que c’est bien joué de sa part. Magnus a gagné plus de tournoi que vous pourriez le mentionner. Sans aucun doute il est actuellement le meilleur joueur du Monde.

Е.А.: Qu’est-ce qui le démarque des autres forts joueurs ?

F.C. : Sa focalisation extrème sur les résultats et sa capacité à se contrôler le moment venu. Il a beaucoup de qualités, mais vous les connaissez toutes. Il est tout simplement le meilleur…

Е.А.: Souhaiterais-tu ressembler à Magnus dans certains domaines ?

F.C.: Oui. J’ai besoin de travailler et de m’améliorer. Mais le seul désir de devenir aussi invulnérable que lui ne suffit pas. Il a une compréhension très profonde des échecs !

Е.А.: En regardant le résultat de Dortmund et la façon dont tu as percé vers le haut du classement on pourrait penser que tu as bien retenu la leçon.

F.C.: Le tournoi n’était vraiment pas facile. A nouveau j’ai mal commencé. Lors de la première ronde j’aurai pu perdre contre Naiditsch : j'ai fait une gaffe et j’ai obtenu une position difficile, mais il a raté quelque chose et cela s’est terminé par la nulle. Dans la seconde j’ai perdu contre Ponomariov…Si je n’avais pas battu Fridman immédiatement après cela aurait été difficile, mais là j’ai eu le temps de récupérer.

Е.А.: Mais ensuite tu étais perdant contre Leko.

F.C.: Une partie difficile. Une nouvelle ouverture pour moi…J’ai expérimenté beaucoup d’ouvertures à Dortmund. Leko s’est avéré être préparé, mais je n’avais tout simplement par le choix. Tout ce qui me restait à espérer c’était de jouer sur des nuances tactiques de la position.

Е.А.: Qu’as-tu ressenti après ta partie contre Meier : déception ou colère contre toi-même ?

F.C.: Ce n’était pas de la colère. J’ai réalisé que j’avais simplement raté quelque chose ; puis l’ordinateur m’a montré la solution, mais … je n’ai pas été déçu comme si j’avais mené à bien mon jeu sans réussir à imposer le résultat à mon adversaire. Des parties pareilles arrivent tout le temps. Ce n’est rien.

Е.А.: Et ... A nouveau tu t’assois contre Kramnik avec les blancs !

F.C.: Oui ! Et une nouvelle fois, la veille Kramnik avait joué une longue partie, cette fois-ci contre Leko. Et une nouvelle fois il s’est retrouvé dans de mauvaises conditions psychologiques : il avait obtenu un gros avantage sans parvenir à le concrétiser.

Е.А.: Il semble que sur un certain plan, il a joué comme s'il était condamné….

F.C.: Il est vrai que ce ne fut pas sa meilleure partie.

Е.А.: Que penses-tu de ton score de 2 sur 2 contre Kramnik ?

F.C.: Oui, c’est un résultat agréable, mais j’ai déjà indiqué ce que je pensais au sujet du résultat des parties entre les joueurs. Il y a seulement un intérêt historique, et cela n’influence en aucune façon ce qui va se passer entre ces joueurs lors de leur prochaine rencontre entre eux.

Е.А.: j’imagine que ce fut agréable de terminer premier à Dortmund ?

F.C.: Très. C’était mon premier résultat de cette envergure !

Е.А.: A quoi penses-tu quand tu vois ton classement actuel ?

F.C.: Il ne semble pas mauvais, et je suis content d’avoir réussi à progresser. Je donne tout ce que j’ai dans chaque partie et dans chaque tournoi je ne pense pas à reculer.

Е.А.: Après ton succès au mémorial Tal et ta victoire à Dortmund j'imagine que tu es entré dans le cercle des joueurs que les organisateurs de grands tournois souhaitent inviter ?

F.C.: Je l’espère. Trop d’invitations c’est toujours mieux que pas assez. C’est bien quand on a le choix. Je vais probablement moins jouer maintenant, aussi j’aurai besoin de saisir toutes mes chances. Mais je peux dire que je suis prêt à jouer dans n’importe quel tournoi !

Е.А.: Nous avons pour le moment parlé uniquement de tournoi et de classement… Mais as-tu un objectif aux échecs ? Souhaites-tu, par exemple, devenir champion du Monde ?

F.C.: Oui, c’est l’objectif de tous les joueurs de très haut niveau. Actuellement je n’ai pas la moindre chance de prendre part aux qualifications car je ne suis pas dans le cycle, mais je ferai tout mon possible pour entrer parmi les candidats du cycle suivant et je me battrai pour le titre. Clairement je ne peux pas parler de mes chances actuelles, elles sont purement hypothétiques, mais contrairement à d’autres joueurs qui ne se sont pas fixés cet objectif, je veux voir aussi loin que possible pour en devenir un acteur majeur, et je tiens absolument à me battre pour la couronne.

Е.А.: Mais après tout, malgré le grand nombre de jeunes joueurs talentueux de ces 10 dernières années le champion du Monde a changé deux fois seulement ! Toujours debout sur la ligne de départ se trouvent Carlsen, Aronian, Grischuk et Radjabov, et même des joueurs comme Karjakin ou Nakamura ne sont pas entrés dans le groupe des candidats. Penses-tu que tu as une chance ?

F.C.: Personne ne dit que cela va être facile. Actuellement il y a beaucoup de joueurs talentueux dans le Monde, et quelques uns ont un peu plus de chance de gagner le titre, et d’autres un peu moins.
Мes chances ne semblent pas très importantes actuellement, mais dans le futur tout pourrait changer.
Je m’améliore en tant que joueur et j’espère vraiment que je vais me battre pour le titre de champion.

Е.А.: Penses-tu avoir toutes les qualités dont a besoin un champion du Monde ?

F.C.: Il y en a beaucoup. Mais il est encore trop tôt pour moi de penser à ça.

Е.А.: Mais te sens tu déjà comme un des joueurs de l’élite ?

F.C.: Que puis-je dire ? Je commence à me sentir plus confortablement parmi ces personnes. Je me rends compte que dans chaque partie j’ai la possibilité de les battre, de la même façon que je peux perdre ou bien faire nulle. Je ne sens pas quand ils s’assoient qu’ils sont là pour prendre le point. Ils se rendent compte que ce ne sera pas facile à faire.

Je me sens comme si j’avais atteint un nouveau palier dans le jeu d’échecs…Mais je souhaite souligner que cela ne signifie pas que je dois cesser de m’améliorer. C’est un travail sans fin !

Е.А.: Afin de ne pas nous diriger vers l’infini, passons rapidement à un autre thème pour esquisser une image de Fabiano Caruana en dehors des échecs. Es-tu prêt à nous révéler quelques secrets de ta vie privée ?

F.C.: Je n’ai pas de secret en particulier, mais jetons y un coup d’œil...

Е.А.: Commençons par votre nourriture favorite. Probablement la pizza, les spaghettis, le risotto ?

F.C.: Oui, j’aime la cuisine italienne. Mais également les salades…

Е.А.: Votre sport favori que vous aimez regarder à la télévision ?

F.C.: J’aime le basketball. Pour la pratique, pendant quelques années j’ai joué au squash, et de temps en temps je ne dis pas non à une partie ou deux.

Е.А.: Тu n’as pas parlé du football. Cela ne t’intéresse pas ?

F.C.: non, ce n’est pas ça. Ce n’est tout simplement pas le sport N°1 pour moi.

Е.А.: Que fais-tu de tes journées quand tu ne joues pas de tournoi ou bien que tu ne travailles pas les échecs ? En d’autres termes que fais-tu de ton temps libre ?

F.C.: Je  n’ai pas de telle journée très souvent. Qu’est-ce que je fais ?! Rien de spécial. Je regarde des films, j’écoute de la musique ou bien je regarde la télévision. De l’extérieur on pourrait croire que je suis quelqu’un de très sérieux, mais ce n’est pas le cas, j’aime beaucoup rire.

Е.А.: As-tu un artiste favori ou bien un style de musique que tu préfères ?

F.C.: Un favori, non. Mais j’aime le rock des années 70 et 80.

Е.А.: Un réalisateur préféré, un acteur ?

F.C. : Je n’ai pas de préféré, et je regarde des films pour me relaxer et changer mes idées. Je ne me souviens pas avoir regardé un film grave, même si nous avons de très bons cinéastes.

Е.А.: Avez-vous beaucoup d’amis ?

F.C.: La plupart de mes amis vivent aux Etats-Unis. A la maison, en Suisse, je n’en ai pas tellement.

Е.А.: Quels pays aimes-tu à part l'Italie ?

F.C. : C’est une question piège. J’ai vécu longtemps aux Etats-Unis, et actuellement je ne connais pas l’Italie tant que ça, et de ce point de vue je dois faire un gros effort...

Е.А.: Ok, d’accord. As-tu des villes favorites ?

F.C.: J’ai beaucoup voyagé, et il y a beaucoup d'endroits que j'apprécie… Londres, par exemple. Amsterdam et Moscou m’ont fait une bonne impression. J’aime toujours voyagé à New-York, où j’ai passé de nombreuses années.

Е.А.: Quelle langue connais-tu à part l’italien et l’anglais ?

F.C.: L’anglais est suffisant pour moi. Je n’ai pas appris d’autres langues.

Е.А.: Et puis voici ma dernière question :as-tu un rêve dans la vie ?

F.C. : En ce moment tous mes rêves sont liés aux échecs. Je pense à comment préserver et renforcer ma position actuelle, et je rêve de devenir champion du Monde. En ce qui concerne la vie quotidienne, j’ai beaucoup de projets. Je veux être heureux et apporter de la joie à mes amis et à ma famille. Rien d’autre en particulier ne me vient à l’esprit…

Commentaires

Tous ces interviews sont

Tous ces interviews sont vraiment très agréables. difficile de trouver tout a ailleurs

PS: je mets un seul commentaire, même si j'ai tout lu ^^

super

si j'avais un million de dollars, j' aimerais l'inviter en particulier et entre autres joueurs d'excellents réputation et niveau à un tournoi " les gentlemen des echecs "