Léo Battesti: "Je ne serai pas un président touche-à-tout"

 

Léo Battesti: son projet, la campagne électorale et son bilan

Entretien avec le candidat à la présidence de la FFE

 

Dans une volonté de faire comprendre à ses lecteurs, tous les enjeux de cette élection fédérale, l'équipe de WhyChess a décidé de rencontrer les deux candidats à la présidence afin de mieux cerner leurs projets. Cette semaine, c'est Léo Battesti qui nous a accordé une interview à quelques semaines de l'élection. Sans détours, il aborde son projet, le déroulement de la campagne ainsi que son bilan.

 

  

 

WhyChess: Quelles sont vos principales propositions dans cette campagne ?

Léo Battesti:  Nous sommes les partisans d’une politique de popularisation du jeu : nos principales propositions sont donc orientées vers le développement de la pratique du jeu d’échecs par le plus grand nombre et son ouverture sur le monde extérieur. Deux axes pour y parvenir : développer le jeu d’échecs en milieu scolaire et créer la synergie entre cette présence et les clubs d’Echecs. La conception élitiste des XIXe et XXe siècles est à mon sens révolue. Si on vivote sur nos acquis, seuls les plus forts, les plus motivés ou les plus disponibles continueront à fréquenter des cercles de plus en plus fermés. Je suis persuadé qu’une telle politique ramènerait la France échiquéenne à sa taille des années 1970.

En ouvrant les portes vers la société et particulièrement les jeunes, nous parviendrons à élargir considérablement la base de la pyramide. Et c’est en élargissant la base de la pyramide que nous parviendrons aussi à renforcer l’élite : les champions auront davantage de spectateurs, les forts joueurs davantage d’élèves à former et entraîner et les clubs davantage d’adhérents, de visibilité et aussi de jeunes champions potentiels. Mais attention, nous ne voulons pas prendre à l’élite pour donner à la masse. Nous voulons élargir la base pour créer un écosystème échiquéen équilibré où chacun aura sa place et dont chacun tirera plaisir et bénéfice.

Regardez ce qui se passe autour de nous. Les Echecs aujourd’hui, dans la majorité des pays, c’est comme s’il n’y avait que des Ligues 1 ou des Ligues 2 dans le football et que 90 % des pratiquants étaient négligés. Ce n’est pas le cas en France où la voie du développement suivie ces dernières années nous permet d’avoir de plus en plus de licenciés, A et B, je le souligne. Ce n’est donc pas le fruit du hasard si notre fédération est celle au monde qui compte le plus grand nombre de joueurs «enregistrés Fide» (33 340) loin devant les autres, et qu’elle se positionne bien pour les classés Fide (4e). Et l’élite suit puisque la France est aussi la 4e nation mondiale échiquéenne.

 

Whychess: Votre expérience personnelle du développement ?

Léo Battesti:  Elle est, je le pense, très significative. Je suis président de la Ligue Corse et mon île est le territoire au monde où il y a le plus de licenciés par tête d’habitant (5 900 joueurs pour une population de 310 000 habitants). Et nous n’étions que... 120, il y a 15 ans. Nous organisons de grands tournois internationaux, nous avons créé 16 emplois d’animateurs à temps plein et formé 35 000 jeunes corses ces dernières années. Tout le monde connait les échecs en Corse et il y a eu jusqu’à 4 000 spectateurs l’an dernier pour la finale d’un tournoi par équipe de jeunes entre régions d’Europe ! J’agis au sein de la FFE pour aller toujours plus loin dans ce choix et je suis sidéré par le contraste entre la fraîcheur d’une telle dynamique et l’inertie de la politique de la FIDE.

 

WhyChess: Vous voulez donc que cela change aussi au niveau international ?

Léo Battesti:  Oui, il y en a grand besoin. La FIDE n’a pas de politique de développement. Tout passe dans les frais de fonctionnement. C’est d’ailleurs ce que j’ai dit à Istanbul lors de la dernière AG de la FIDE. Quand on voit l’argent dépensé dans des voyages alors que nous sommes dans un monde où les communications sont si développées, c’est scandaleux. La priorité des priorités doit être l’aide à la popularisation de notre sport et pas l’attribution de postes de pseudos-dirigeants qui sont le plus souvent là pour profiter du système. Il n’est que de voir le nombre de vice-présidences créées ces dernières années...et le nombre de fédérations fantoches qui sont là pour apporter leur voix en l’échange de quelque prébende.
La FIDE n’a aucune stratégie. Elle ne se donne pas les moyens de réfléchir sur les problèmes de fond : règlements à dépoussiérer, évolutions des cadences, création de compétitions tournées vers le grand public... C’est le conservatisme le plus absolu.

 

WhyChess: Etes-vous serein quant au résultat ?

Léo Battesti:  Je respecte trop le vote des Présidents de club pour verser dans le triomphalisme. Mais puisque je ne veux pas botter en touche, je vous réponds : oui, je suis très serein. Notre campagne est très dynamique. Elle respecte un timing précis. Nous imprimons notre rythme depuis 9 mois sans nous laisser distraire par ce qui pourrait nous détourner de notre objectif.

Notre site est régulièrement nourri de contributions remarquables, notre projet a pris forme à travers un « dico de campagne » envoyé à tous les Présidents de club par voie postale, des soutiens s’affichent avec nous et des partenaires nous rejoignent. La crédibilité de notre démarche ne fait plus aucun doute aux yeux des observateurs et ce mouvement va encore s’amplifier dans les prochaines semaines.

Vous le savez, je suis déçu que mon opposant ait privé la France échiquéenne du débat qui devait nous permettre de nous confronter. J’ai aussi appris qu’il refusait d’être filmé lors des discours de campagne. Etrange comportement. Mais cette campagne a eu au moins un mérite : je suis allé à la rencontre de la France échiquéenne depuis 9 mois avec mes colistiers. Nous sommes allés quasiment partout. Ce mois-ci par exemple j’ai organisé ou organiserai des réunions à Paris, Toulouse, Salon-de-Provence, Marseille, Cappelle-la-Grande, Nice, Cannes, Hyères...

Et c’est formidable car non seulement cela nous permet de convaincre et de renforcer les soutiens autour de notre projet, mais c’est aussi une façon unique de mieux comprendre les réalités échiquéennes. Elles sont si diverses, selon les régions, qu’il convient de tenir compte de toutes les spécificités lorsque l’on agit. On a du mal à mesurer cette richesse fédérale faite de milliers de bénévoles très compétents et très impliqués : c’est eux qui font la FFE. Je suis heureux de les avoir croisés si nombreux et si ouverts.

J’ai parlé de la campagne avec des responsables d’autres fédérations et… ils ne me croient pas ! Chez eux les campagnes durent peu de temps et concernent peu de personnes. Chez nous c’est déjà 9 mois de présence sur le terrain, des dizaines de réunions publiques, des documents publiés, des créations de site comme le nôtre, que je vous conseille : http://www.les-echecs-un-sport-pour-tous.com

 

WhyChess: Quelle sera votre action prioritaire si vous êtes élu président ?

Léo Battesti:  Je ne serai pas un président touche-à-tout. Je suis partisan de déléguer et de responsabiliser. Notre équipe est riche de talents et de très fortes individualités. Elles auront carte blanche pour dynamiser leur secteur d’intervention. Je superviserai, bien sûr, et donnerai le cap. Mais vous savez, aujourd’hui en Corse, je n’ai plus grand-chose à faire en tant que Président de Ligue si ce n’est d’être mobilisé lorsque le besoin s’en fait sentir. Et j’agirai de même au sein de la FFE. Par contre je serai un ambassadeur très actif au niveau du Ministère des Sports, sur la scène internationale et je serai un infatigable VRP. J’ai une grande expérience en la matière. Avec Jean-Claude Moingt, lorsque nous avons été élus il y a 8 ans, la FFE avait 7 500 € de partenariat privé. Elle en a déjà 250 000 actuellement. En début de campagne je me suis engagé à porter ce sponsoring à 400 000 € annuel. C’est déjà fait. En effet, si je suis élu, le leader européen de vente de pièces détachées automobiles par Internet, OSCARO.com, soutiendra notre projet à hauteur de 600 000 € sur 4 ans. Je me suis donc fixé un nouvel objectif de 500 000 € et je peux vous garantir que j’ai déjà les pistes et les accords de principe qui me permettront de l’atteindre avant la fin de l’année.

 

WhyChess:  Que comptez-vous faire de ces nouveaux moyens ?

Léo Battesti:  Augmenter considérablement les budgets consacrés aux projets de développement des clubs, au haut niveau, aux scolaires et à la formation. Nous avons toujours été très sérieux et continuerons à l’être. Notre gestion actuelle est exemplaire. Nous n’avons jamais eu de problème : c’est le fait d’une gestion rigoureuse comme en atteste notre bénéfice du dernier exercice autour de 70 000 €. Nous ne faisons donc aucune promesse de dépenses nouvelles que nous ne serions pas en mesure de tenir. Donc, je garantis que nous créditerons de 110 000 € supplémentaires nos projets de développement avec en particulier la création d’un fonds d’aide au développement des clubs de 40 000 €. Nous pourrons ainsi mieux accompagner des initiatives locales cohérentes et tournées vers le plus grand nombre.

 

WhyChess:  Et pour les régions ?

Léo Battesti:  Là aussi nous avons de grandes perspectives. Tenez, je vous donne un scoop ! J’ai eu une réunion de travail avec des dirigeants d’une grande entreprise d’envergure européenne qui est intéressée par des actions communes dans de grandes villes car elle souhaite avoir des retombées positives auprès d’élus locaux. Cela nous permettra de financer intégralement de grandes manifestations. Deux sont déjà en chantier, l’une à Toulouse, l’autre à Marseille avec à chaque fois des financements à hauteur de 10 000 € par événement. J’ai eu le plaisir de l’annoncer aux présidents de ces deux ligues. Mais il y a d’autres régions qui seront rapidement concernées.

 

WhyChess: Votre bilan de campagne, même s’il reste quelques semaines encore... ?

Léo Battesti:  Je suis très confiant dans la formidable dynamique qui est la nôtre. Mais je ne veux pas tirer de bilan alors que la campagne n’est pas terminée. Comme je vous l’ai dit, cela a été une formidable occasion de rencontrer, d’échanger, de créer, d’écouter, de débattre.

Si nous l’emportons, comme je le crois, nous sortirons renforcés dans nos convictions et dans notre démarche. Nous allons amplifier le développement de la Fédération Française des Echecs. De façon paradoxale, le contexte économique va favoriser notre activité. Les décideurs institutionnels ne jettent plus l’argent par les fenêtres et veulent des projets structurants et formateurs. Les Echecs sont une aubaine, car nous n’avons pas besoin de grands moyens, de grands stades, pour permettre à des jeunes de s’exprimer à travers notre activité sportive. Nous allons ouvrir un cycle de développement spectaculaire et ce de manière très rapide. Tous l’indique et vous pouvez compter sur notre détermination pour y parvenir.