Hou Yifan: "Je veux être heureuse et honnête avec moi-même!"

 

HOU YIFAN:

“Je veux être heureuse et honnête avec moi-même!”

Texte et photos: Evgeny Atarov
 

J'avais prévu de publier cette interview un peu plus tard, début décembre, avant la finale du Championnat du Monde lorsque Hou Yifan, âgée de 18 ans défendrait sa couronne pour la troisième fois. Cependant...mes plans ont quelque peu changé...!

Difficile de croire qu'après avoir dominé facilement Marta Socko lors de la première partie, la Championne du Monde allait s'incliner dans les trois suivantes et montrer un si pauvre niveau de jeu...Un mauvais jour a suffit à causer sa perte dans un système à élimination directe. En effet, en une seule journée à Khanty-Mansysk, toutes les favorites ont quitté le tournoi.

Mais...Hou Yifan? Il semblait que cette année, elle avait commencé à repenser sa carrière et à chercher de nouveaux objectifs du fait de son niveau de plus en plus haut. Son ancienne approche a été suffisante pour démolir toutes ses rivales comme l'a montré notamment son match contre Humpy Koneru ou lors de sa victoire dans le second Grand-Prix FIDE. Mais elle voulait quelque chose de nouveau. Est-ce pour cette raison qu'elle a commencé à faire des apparitions de plus en plus fréquentes dans les tournois masculins? 

Ces derniers temps, elle n'a pas eu beaucoup d'occasions de jouer contre ces joueuses puisque dans l'histoire des échecs féminins, elle n'est devancée en terme de résultats que par Judit Polgar. La joueuse hongroise n'a jamais voulu jouer pour la couronne "junior". Hou Yifan a quant à elle toujours été présente dans ces tournois même si maintenant elle souhaite probablement évoluer.

Peut-être voilà ce qui a posé problème. L'objectif de remporter ce championnat du monde n'est peut-être plus aussi important qu'auparavant et inconsciemment, la chinoise a pu penser qu'elle pouvait de toute façon vaincre toutes ses adversaires? Mais non, évidemment, elle ne pense pas du tout comme cela! Plus probablement, les températures extrêmes (-20) ont gêné ses performances pour elle qui n'est pas habituée à jouer dans de telles conditions. On ne doit pas juger toute sa carrière sur la base d'une partie contre Socko - rappelons tout de même qu'elle a remporté le Grand-Prix et s'est donc offert le droit d'affronter la nouvelle Championne dans un match pour la couronne mondiale. Et d'après tous les experts, aucune joueuse n'aura une chance de battre Hou. 

 

Elle est en train d'évoluer, de grandir. Et pas seulement en tant que joueuse d'échecs mais également en tant que personne. Elle n'est plus la jeune fille tournée à 100% vers les échecs et pour laquelle le reste du monde n'existe pas; elle est épanouie comme une fille de 18 ans She is changing, growing up. And not just aqui a réussi à réaliser tout ce dont elle a rêvé dans le passé: voyager à travers le monde entier, découvrir des endroits nouveaux et se faire de nouveaux amis. Sa barrette et ses vêtements "porte-bonheur" sont oubliés. Aujourd'hui, elle a totalement changé son style vestimentaire ainsi que sa coupe de cheveux telle une mannequin montrant ainsi au monde entier qu'elle n'est pas un robot joueur d'échecs mais bien un être humain. 

Elle a dû connaitre la défaite pour retrouver le désir d'avoir de nouveaux objectifs. Je suis certain que la plus jeune Championne du Monde de l'histoire sera d'autant plus accomplie dans un an ou deux et que Khanty Mansysk aura été finalement un tournant dans sa carrière, une petite pause dans sa vertigineuse ascension.

Néanmoins, à la fin octobre à Eilat, il était encore difficile d'imaginer tout cela. Hou Yifan et son équipe de Monaco venaient juste de remporter le Championnat d'Europe et la Championne du Monde n'avait raté la médaille d'or au 1er échiquier que par miracle. La soirée était festive, les vagues déferlaient à cent mètres de nous et le futur semblait serein.

- Il est probablement stupide de demander à une double Championne du Monde si elle se considère comme la meilleure joueuse du monde mais te sens-tu comme la vraie numéro 1?

- Probablement pas la numéro 1, non - mon classement actuel n'est pas le meilleur. Deux joueuses sont mieux classées que moi, Koneru et Judit, évidemment. Je ne sais donc pas quoi dire...Aujourd'hui, je ne pense pas qu'il y ait un grand écart entre les autres et moi. Je vois beaucoup de jeunes talents faire leur apparition et qui souhaitent devenir de plus en plus fortes. Mais pour moi, c'est juste une source de motivation supplémentaire pour travailler encore plus dur. 

On m'a toujours dit que maintenir sa position est plus difficile que de l'obtenir et aujourd'hui je remarque que c'est vrai...

- Que vas-tu faire pour garder et renforcer ta position?

- Comme avant, je vais beaucoup travailler. Je réalise que rien ne nous est donné et que chaque jour, il faut que j'améliore mon jeu, trouve de nouvelles choses, que j'apprenne. Je suis toujours concentrée sur mes échecs et j'aime toujours autant jouer. Si jamais cela n'était plus le cas alors je changerais mon approche du jeu. Mais pour le moment, je profite de tout.

- Penses-tu que les femmes deviennent plus fortes?

- Oui. Les hommes aussi d'ailleurs. Beaucoup de choses influent sur le jeu dont l'usage des ordinateurs. 

- Combien d'heures par jour travailles-tu?

- Jusqu'à récemment, quatre heures par jour. Lorsque je me prépare pour un gros tournoi, c'est plus. Pendant les week-ends, je ne fais généralement rien, il est nécessaire de se relaxer.

- “Jusqu'à récemment"? Queslque chose a t-il changé dans ta vie?

- Depuis deptembre, je vais à l'université. Cela prend du temps. Mais j'essaie de ne pas être trop perdue et d'avoir toujours du temps pour les échecs. 

- Comment tes entraineurs ont-ils accueilli cela?

- Ils comprennent.

- N'ont-ils pas essayé de t'en dissuader en disant que cela pourrait affecter ta carrière et ton niveau de jeu?.

- Non, ils peuvent voir que mon angagement est intact.

- Et comment le vis-tu personnellement? 

- Je ne sais pas encore. 

J'essaie de profiter de tout ce que je fais – quand je suis devant un échiquier ou à l'université. 

- Quel métier as-tu choisi?

- J'étudie les relations internationales.

- Aimes-tu cela?

- Oui, cela m'intéresse depuis quelque temps...

- Penses-tu poursuivre tes études dans le futur ou est-ce juste pour ton développement personnel? 

- Je ne sais pas encore. Je vais voir. Je suis prête à jouer aux échecs pendant longtemps.

- Avec du succès?

- Je l'espère!.

- Es-tu heureuse d'être numéro 2 ou 3 ou seule la première place peut te satisfaire?

- Je ne pense pas à ça. Je suis dans le top mondial dpeuis longtemps et je n'ai jamais appris à perdre ou à sentir que l'on ne peut pas battre quelqu'un. Je sais que ce genre de sensation existe mais je ne veux pas y être familière.

- Comment décrirais-tu tes objectifs aux échecs?

- Globalement? Hmmm... Comme je l'ai déjà dit, j'étais trop jeune pour y penser. aujourd'hui? Je veux m'améliorer et augmenter mon classement. Et peut-être rester Championne du Monde le plus longtemps possible...

Je pense que j'ai beaucoup de tournois qui m'attendent - des tournois féminins mais aussi des opens. Je veux y obtenir les meilleurs résultats possibles. Je ne sais pas... 


Je n'ai jamais eu de rêves aux échecs? Chaque fois que j'en ai eus, ils se sont envolés.

- Beaucoup d'enfants talentueux qui ont passé leur enfance à obtenir de grands résultats disent plus tard qu'ils sont passés à côté de quelque chose. Penses-tu avoir des regrets quant au fait que tu aies étudié les échecs si jeune et si intensivement? 

- Je ne dirais pas que j'ai raté quelque chose durant mon enfance. J'ai commencé à travailler les échecs à cinq ans et demi mais je ne peux pas dire que je n'ai vu que des pièces d'échecs pour autant. J'étais une enfant tout à fait normale et j'ai passé beaucoup sur d'autres choses que j'aimais. J'aimais les fléchettes, j'ai joué de plusieurs instruments de musique. Tout était plus du plaisir que du travail.

- Comment expliques-tu tes succès, est-ce seulement dû à ton talent? 

- Je ne sais pas. Quand j'ai déménagé à Pekin à l'âge de 10ans, mon entraineur m'a dit que j'avais du talent. Normalement, on étudie quelque chose pour laquelle on est doué. Mais j'avoue que je ne suis pas beaucoup interrogée à ce sujet.

 

- Même lorsque tu as intégré l'équipe de Chine aux Olympiades? Ou quand tu es devenu la plus jeune GMI de l'histoire à 12ans?

- Comme je l'ai dit, à 10-12 ans, on ne pense pas à de telles questions.

Lorsque j'ai atteint la finale du Championnat du Monde à 14 ans, je n'y ai pas attaché tant d'importance que cela. Bien évidemment, je comprenais que c'était bien mais ne trouvais pas cela exceptionnel. 

Je ne sais pas. J'ai vu comment mes adversaires souffraient quand elles jouaient contre moi mais je ne ressentais rien de particulier. Je me contentais seulement de jouer.

- Peut-être était-ce justement le secret du succès?

- Peut-être. Tu dois faire ce que tu peux.

- Comparativement, en ce qui concerne ce professionalisme si précoce, c'est un peu comme la gymnastique - on travaille dès le plus jeune âge à la recherche de résultats...

- Non, ce n'est pas ça. Je le répète - oui, j'ai travaillé dur mais ce n'était jamais contre ma volonté. Personne ne m'a forcée ou m'a mis la pression. J'ai apprécié cela. Peut-être n'étais-je pas si décue d'avoir perdu la finale car j'étais seulement heureusement d'être arrivée jusque là. Tout cela avait été tellement inattendu pour moi. 

- Et aimes-tu toujours autant les échecs aujourd'hui?

- C'est différent. Difficile de comparer orsque j'ai débuté, ou quand j'avais 14-16 ans et maintenant. Beaucoup dépend de l'ambiance qui pour moi change souvent. Quand j'étais petite, les échecs étaient juste de la détente, un casse-tête intéressant...Un peu plus tard, lorsque les gens ont commencé à s'intéresser à moi, j'ai beaucoup aimé cela et j'étais heureuse lorsque j'arrivais à gagner. Quand je suis devenue Championne du Monde, tout était différent. J'ai dû comprendre que j'appartenais désormais au monde des échecs et que je n'étais plus ma propre chef. J'ai beaucoup de responsabilités.

- Ressens-tu lo'bligation de toujours finir première en tant que Champinne du Monde?

- Oui mais ca ne me perturbe pas pour autant.

- Dans le sens que tu n'aies rien eu à changer dans ta vie de tous les jours?

- Exactement.

- Et quand tu remarques que les gens te regardent?

- Remarquer quoi?!

- Disons que les gens peuvent avoir peur de toi ou vouloir te ressembler...je parle de tes adversaires.

- …Rien n'a changé de ce côté là. 

Je n'ai pas ressenti que le comportement des gens envers moi ait changé ces dernières années.

En tout cas, cela ne m'a pas changé!

- Sens-tu souvent que tes adversaires ont peur de toi?

- Parfois. Mais ca n'influence pas mon jeu. 

- Qu'attends-tu quand tu t'assois devant l'échiquier?

- Une nouvelle expérience, quelque chose de spécial. Je trouve intéressant de jouer!A

- Que préfères-tu: jouer ou étudier les échecs?

- Les deux sont intéressants mais probablmeent jouer.

- Quand tu travailles, essaies-tu d'utiliser ta tête le plus possible ou te reposes-tu sur les ordinateurs et tes entraineurs?

- tout dépend de la situation mais généralement j'utilise tout. De nos jours, les ordinateurs sont devenus très puissants et se contenter de suivre leurs recommandations peut s'avérer perturbant. Mais évidemment, on peut attendre de la machine qu'elle réponde à notre question. Tu dois penser par toi-même.

- Te considères-tu comme un produit des ordinateurs?

- Non, non, je ne suis pas assez forte pour jouer comme un ordinateur. J'ai beaucoup de faiblesses que j'essaie de corriger.

- Dirais-tu que tu essaies de jouer comme un ordinateur?

- Je dirais plutôt que j'essaie de jouer le mieux possible.

- Essaies-tu de conserver en même temps ton style personnel?

- Je ne suis pas certaine que l'on parle de la même chose. Je cherche le meilleur coup dans chaque position. J'ai mes ouvertures favorites mais rien de plus. Je n'essaie pas à tout prix d'entrer en finale car je suis plus forte que mon adversaire dans cette phase de jeu ni de garder les dames coûte que coûte. Je joue selon les demandes de la positions. .

- Penses-tu que tous les joueurs vont finir par jouer de la même façon?

- Je ne pense pas. Tout le monde joue différemment.

- Sais-tu à quoi ressemblerait la partie idéale?

- J'accorde beaucop d'importance à la beauté et aux idées inhabituelles...

- Tactique ou stratégie?

- Les deux.

- As-tu un joueur préféré?

- Non personne en particulier.

- aimes-tu jouer contre les hommes?

- Oui. Jouer contre eux me donne beaucoup d'expérience et d'informations sur moi-même. Ils jouent mieux que les femmes, ils jouent différemment...Des styles différents, une approche différente. C'est très utile. Durant ces dernières années, j'ai joué beaucop de parties contre des hommes et encore plus à l'avenir...C'est également une bonne façon d'améliorer son classement. J'aimerais devenir tôt ou tard, la numéro un au classement féminin.

- Que penses-tu de Koneru que tu as battue trois fois (deux fois en départages et une fois en match) et qui reste devant toi au classement?

- C'est une très forte joueuse qui est loin d'avoir dit son dernier mot. Elle joue beaucop et avec succès d'où son haut classement.

- Mais tu n'as pas été récemment très chanceuse contre les hommes. Surtout contre les chinois! 

- Tu parles du championnat de Chine? (rires) Nous avons beaucoup de jeunes joueurs talentueux! Qui aurait pu savoir qu'ils étaient si forts? (au début du tournoi, Hou a perdu contre deux joueurs qui ont terminé aux deux dernières places. EA) 

- As-tu déjà pensé à abandonner les échecs féminins comme les soeurs Polgar auparavant? Judit ne joue toujours pas les tournois féminins....

- Je ne partage pas ce point de vue.


Pourquoi me priverais-je délibérément de jouer contre les femmes? Je joue contre les hommes et les femmes et n'y vois aucun problème.  

- Mais apprends-tu encore quelque chose des femmes?

- On peut toujours apprendre. Bien évidemment, on apprend plus des forts joueurs mais je ne vois pourquoi j'arrêterais de disputer les forts tournois féminins. C'est ma vision.

- As-tu déjà pensé jouer un jour contre Judith Polgar?

- J'ai déjà joué contre elle. 

- Non, non, pas seulement une partie de tournoi. Un match?

- Si une telle chance se présente, j'en serais très heureuse évidemment.

- Penses-tu avoir une chance dans un tel match? 

- Je n'y ai jamais pensé mais il serait intéressant d'essayer! 

- Que te vient-il à l'esprit quand tu penses à Judith?

- Je ne peux pas dire que cela soit déjà arrivé.

Mais évidemment, c'est une grande joueuse! Elle est la meilleure joueuse de l'histoire. 

Il est difficile d'imaginer d'atteindre le top 10 mondial comme elle l'a fait. J'aime son jeu, son approche des échecs. Tout ce qui la concerne mérite attention!

- Aimerais-tu suivre son exemple et peut-être même aller plus loin?

- C'est encore trop tôt pour en parler mais évidemment oui!

- Qeulle est la différence entre vous deux? 

- Difficile à dire. Il y en a beaucoup. Je ne connais pas tous les détails de sa carrière mais d'après ce que je sais c'est un miracle...Elle est très déterminée et a tout donné pour devenir plus forte.

- Comme toi, elle a eu de grands résultats dès son enfance...

- Quand tu dis "comme toi", j'ai un peu honte. Je pense être encore très loin d'elle. Elle a battu le record de Fischer et a tenu le premier échiquier de son équipe aux Olympiades masculines à 18 ans. Et bien plus encore...

- Mais elle n'a jamais été Championne du Monde!

- Elle n'a jamais essayé.

- Ne l'as-tu jamais enviée?

- Comme je l'ai déjà dit, je suis mon chemin. Il est difficile d nous comparer car nous sommes issues de générations différentes, nous rencontrons des adversaires différents et nous jouons des échecs différents. L'ambiance est complètement différente aujourd'hui de celle de son époque. Mais je suis très heureuse que Judith poursuive sa carrière. Nous jouerons encore ensemble.

- La comparaison de vos carrières t'ennuie t-elle?

- Non pas trop. .

- As-tu parlé avec elle après votre partie?

- Nous avons échangé quelques mots au sujet de la partie.

- Est ce que Judith a montré un quelconque intérêt à ton égard ou t'a t-elle donné des conseils?

- Non. Il était plus intéressant de parler de notre partie. 

- Si tu repenses au tournoi de Reykjavik, il y avait finalement plus d'attention pour ta dernière partie contre Caruana!

- Une partie intéressante. Dommage que je ne l'ai pas gagnée. 

- La partie et le tournoi?

- Evidemment.

- T'attendais-tu à un tel résultat dans un si fort open? 

- Je ne suis pas surprise par les bons résultats. J'aime beaucop de parties de ce tournoi. C'est juste dommage que j'aie raté la première place à la fin.

- Avais-tu déjà réalisé un résultat comparable?

- Deux championnats du Monde, le match contre Koneru.  

- Tu as beaucop évoqué le plaisir de jouer et étudier...En quoi est-ce important pour toi de toujours avoir ce plaisir?

- C'est très important. Je savoure quand j'obtiens de bons résultats. Dans les moments où je joue moins bien, il est parfois difficile de travailler sereinement. Afin de changer cela, la bonne humeur est très importante.

- Quelqu'un ou quelque chose t'aide à avoir cette bonne humeur? 

- Mes amis et ma famille...

- As-tu déjà eu marre des échecs? 

- Cela arrive à tout le monde parfois mais je ne souviens pas d'une période où les échecs représentaient 100ù de ma vie.

Je n'ai jamais connu une situation où je ne pouvais plus m'assoir devant un échiquier. 

Peut-être parce que je n'ai jamais travaillé les échecs du matin au soir, je ne suis pas familière avec cette sensation.

- Tu es très chanceuse si cela ne t'est jamais arrivé...

- Merci.

- Mais même, tu es Championne du Monde! Dis moi combien tu es populaire en Chine. Te reconnait-on dans les rues, te demande t-on des autographes et photos?

- Je suis connue mais pas tant que ça. Les échecs sont loin d'être le sport le plus populaire en Chine. La situation s'améliore peu à peu mais nous restons loin derrière les Champions Olympiques. Pour eux, c'est très difficile.  

- Hmm. ..Je me rappelle quand Xie Jun venait de remporter le titre mondial contre Chiburdanidze. On lui a dit soit tu restes couchée à l'hôpital soit tu fais le tour du pays! Il faut admettre qu'il y a 20 ans de ça, la Chine ne pouvait pas espérer remporter les Olympiades...

- Non, maintenant c'est différent. Je suis très heureuse que chaque années, de plus en plus de parents envoient leurs enfants dans les écoles d'échecs et considèrent le jeu comme utile. C'est peut-être la raison pour laquelle nous avons aujourd'hui tant de jeunes talents en Chine. 

- Et te considères-tu comme la star de tout un pays?

- Je n'y pense pas. J'aime le fait que je puisse promouvoir le jeu et que beaucoup de parents décident grâce à mes résultats. 

- Comment vois-tu ta vie dans le futur, disons dans 10 ans? Par exemple, continueras-tu à jouer et apparaitre dans les tournois? 

- Je n'y pense pas encore.


J'ai plutôt des objectifs à court-terme sur lesquels j'essaie de me concentrer. Aujourd'hui, comme je l'ai déjà, c'est l'université. Et les échecs. Ce sont les deux choses qui m'intéressent.

Peut-être que quelque chose d'autre fera bientôt son apparition. 

- Es-tu contente que les échecs te fassent sentir libre en comparaison à tant de tes compatriotes? Tu peux voyager dans le monde entier, découvrir d'autres pays, rencontrer des gens intéressants et gagner de l'argent, etc?

- Oui très. C'est l'un des principaux privilèges que les échecs m'aient donné et je leur en suis reconnaissante. J'aime voyager, voir de nouveaux pays et rencontrer de nouvelles personnes. Comme les joueurs d'échecs, les gens d'autres pays sont différents les uns des autres - leur mentalité, leurs coutumes ou leur langue.

- Je dois te complimenter pour ton niveau d'anglais. A l'exception de Xie Jun, je ne me rappelle pas d'un joueur chinois parlant si bien une langue étrangère...

- Oh, tu exagères. Mon anglais est loin d'être parfait.

 

- Pardonne moi de demander mais à quel point es-tu indépendante? Decides-tu seule de là où tu vas jouer ou est-ce la fédération qui le fait à ta place?

- Je peux décider seule...Evidemment, je ne peux pas changer d'avis au dernier moment et aller où je veux. La fédération s'occupe néanmoins de mes intérêts et des tournois auxquels je peux participer. Elle est d'une grande aide pour moi et m'aide toujours...Je reçois de la fédération une bourse pour le schampinnats du monde, les Olympiades et les autres tournoi durant lesquels je ne représente pas seulement moi-même mais aussi la Chine. 

- Apprécies-tu cette situation?

- Oui comme tout le monde le ferait à ma place.

- Peux-tu t'imaginer vivre ailleurs qu'en Chine? 

- Non. c'est mon pays, où j'ai grandi et où vit ma famille...J'aime voyager mais j'apprécie également rentrer à la maison. Je n'ai jamais pensé à aller ailleurs pour étudier ou quoi que ce soit d'autre d'ailleurs.

- Et as-tu déjà pensé à ta vie après les échecs? Quand tu auras une famille et des enfants? ...

- Oh, je ne sais pas encore! Cela me semble encore loin. Mais dans le futur, je suis certaine de deux choses - je veux être heureuse et honnête avec moi-même. C'est la chose la plus importante pour moi dans la vie. 

Hou Yifan a prononcé ces derniers mots en une seule respiration. Elle a souri et s'est levée - quelques heures plus tard, elle devait prendre son avion. Je l'ai alors questionnée à propos de Khanty-Mansysk pour lequel je n'avais aucun doute quant à sa victoire finale. "Vas-tu poursuivre sa série victorieuse?" Elle m'a simplement répondu poliment " On doit montrer notre meilleur niveau" et ajouta "Le système à élimination directe peut causer bien des surprises. On doit être prêt à cela. Mais je donnerai le meilleur de moi-même..."