LE GAMBIT DE LA DAME AU 16ème SIECLE

LE GAMBIT DE LA DAME AU 16ème SIECLE.

Vida, Rabelais et Kochanowski
Auteur: Yuri Averbakh                                                                                                                                          En lire plus

Jan Kochanowski ( 1530 - 1584 ) François Rabelais (1494 - 1553 ) Marco Gerolamo Vida ( 1490- 1566)

Au début du 16ème siècle est apparu pour la première fois, en Italie, le poème "Scacchia Ludus" (La Partie d'Echecs). Ecrit en latin classique, fortement inspiré de Virgile, il était dédié aux échecs nouveaux, différents de la forme médiévale connue jusque là. En 1525, probabement à Florence, le poème fut imprimé sans le nom de son auteur. Dans l'introduction, Hilary Bertulli expliqua que le poème lui avait été envoyé à Bâle par son ami Don Juan et que tout ceux qui l'avaient lu l'avaient apprécié, incluant même Erasmus avec qui il avait auparavant joué aux échecs. 

Evidemment, le poème ravit tout ceux qui connaissaient le latin comme l' intelligentsia, les professeurs, les étudiants ou les érudits de tout niveau. Deux ans plus tard, une seconde édition fut publiée à Rome avec cette fois le nom de son auteur sous le titre "Scacchia Ludus". Le poème faisait partie d'une collection parmi d'autres ouvrages du même auteur. Les deux éditions du poème étaient très différentes ce qui fit penser à l'historien Von Der Lisa que celui-ci avait été écrit avant l'autre. En effet, dès les premières lignes de l'ouvrage, Vida exprime le souhait que les échecs deviennent le passe-temps préféré de Lorenzo, le fils de Julien de Medicis qui était à l'époque très occupé avec son frère Giovanni à expulser les français d'Italie. Comme la paix avec la France fut signée en 1513, Von Der Lisa conclua que le poème avait été écrit pas plus tard qu'au début de cette année là.

Dans ce poème, l'auteur décrit en détails une partie d'échecs jouée entre Apollo et Mercure en présence d'autres dieux de l'Olympe. D'abord, Vida évoque le nom des pièces en expliquant comment elles bougent et prennent. Evidemment, Visa eut du mal à trouver les termes latins adéquats pour traduire de l'italien les mots tour et fou. Dans la première édition du poème, la tour était appelée cyclope et le fou, armé d'un arc et d'une flèche, centaure. Dans la seconde, les tours étaient décrites comme des éléphants avec une tour sur le dos alors que les fous comme des archers.

Bien que les vers de Vida soient très artistiques, la description de la partie a plutôt un ton ironique voire comique. Ceci est dû au fait que durant cette bataille sur l'échiquier, comme à l'accoutumée, les dieux n'eurent pas un comportement très scrupuleux. En effet, outre les mauvais coups joués, ils n'hésitaient pas à les reprendre ou à écouter les avis extérieurs voire même à tenter de replacer sur l'échiquier une pièce déjà capturée. Tout au long du déroulement de la partie, l'auteur apprend au lecteur les règles d'éthique du jeu - pièce touchée pièce jouée, les spectateurs doivent rester silencieux et ne doivent pas intervenir au cours de la partie, etc.

La partie elle-même est décrite en détails et de manière assez élégante ce qui me laisse penser qu'elle ait vraiment été jouée. Lorsque j'ai découvert le texte du poème en anglais (la traduction a été faite par Goldschmidt), j'ai eu l'idée de la reconstituer coup par coup. 

Il est facile de voir qu'Apollo qui avait les blancs a débuté par 1. d2-d4 et que les noirs ont répondu par 1...d7-d5. Après quelques coups, les blancs jouèrent c2-c4 ce à quoi les noirs répliquèrent par d5xc4. Ainsi, lors de la plus ancienne partie d'échecs de l'histoire, le Gambit-Dame accepté fut joué! Plus tard, les blancs "oublièrent" la fourchette Cb4-c2 entre le roi et la tour et perdirent ainsi cette dernière. 

Cependant, vu la façon de l'auteur de décrire la bataille sur l'échiquier, il est relativement difficile de retranscrire la partie avec la notation échiquéenne habituelle. Je ne réussis pas à le faire totalement bien que la fin du poème soit très claire - le roi et la dame noire matèrent le roi blanc esseulé et Mercure l'emporta. 

Il faut préciser que ce poème a largement contribué au destin de son auteur. Vida le publia à l'âge de 23 ans. Il est connu qu'il enseigna la jurisprudence, la théologie et la philosophie à Padoue et Mantoue. Autant que je puisse le dire, Vida eut l'intention de devenir ecclésiastique et d'entrer dans les ordres. Néanmoins, il semble que la vie de moine ne lui convenait pas vraiment et il se rendit à Rome pour y trouver le bonheur, à la demande du Pape Léon X. Nous devons préciser que ce dernier, élu en 1513 n'était en fait personne d'autre que Jean de Medicis en personne! Il était considéré comme un expert de l'art et grand amoureux du jeu d'échecs. Vida lui offit alors un manuscrit de son poème. Le Pape l'apprécia et en remerciement le fit  Prieur de l'Eglise St. Sylvestre à Frascati. Il lui suggéra également d'écrire un poème sur l'histoire du Christianisme. Ainsi Vida se mit au travail.

Les années passaient. Après la mort en 1521 du Pape Léon X, Adrien VI et Clément VII le remplacèrent successivement. Tous les papes qui se sont succédés appréciaient grandement le talent de Vida. Ainsi, le poète gravit peu à peu les différents échelons dans la hiérarchie de l'église jusqu'en 1532 où il devint Evêque d'Albi. 

Les collections de poésies religieuses rassemblées par les prélats papaux qui eux-mêmes se considéraient comme les représentants de Dieu sur Terre furent publiées régulièrement. Ces publications étaient légions dans les monastères catholiques d'Europe Occidentale et dans chacun des volumes figurait le poème sur les échecs ce qui permettait aux lecteurs d'apprendre les règles du jeu. La popularité du poème de Vida peut être mesurée par le fait que lors du 16ème siècle, ses livres ont été édités pas moins de 30 fois sans compter les traductions.  

Parlons désormais un peu du nom des pièces dans le poème. Le terme "archer" était utilisé en France au 16ème siècle puis au 18ème en Allemagne. "Eléphant avec une tour" de toute évidence ne fut pas retenu très longtemps mais la tour fut, elle, conservée dans la quasi totalité des pays d'Europe Occidentale: torre - en Italie, tour - en France, turm - en Allemagne, veza - en Pologne. Même en Russie, les échecs nouveaux ont apporté un terme neuf - tur qui signifie "ronde". Désormais, dans pratiquement tous les pays de la planète, les pièces du jeu comprennent une tour aux côtés d'un fou comme pour nous rappeler l'origine du nom.

Le poème de Vida a joué un rôle important dans l'histoire des échecs. Il a en effet servi de manuel poétique du jeu et a grandement contribué à la popularisation des échecs nouveaux en Europe. 

Le poète lui-même ne pouvait imaginer que son oeuvre allait jouer un si grand rôle. Il le surnomma en effet simplement "lusum adolescentia" (une frivolité adolescente) et considérait plutôt  «Christiad» (Christiade), une collection de poèmes sur l'histoire du Christianisme qui lui prit 14 ans de sa vie à la demande des Papes, comme son principal succès. Cependant, cette oeuvre est quasiment oubliée de nos jours alors que son poème sur le jeu d'échecs procure toujours autant de plaisir à ses lecteurs.

Au début du poème (celui de l'édition de 1925), Vida dit qu'il écrit sur un sujet sur lequel aucun autre avant lui n'avait écrit. Personne n'avait décrit le jeu d'échecs en poésie. Ce n'est en fait pas tout à fait vrai. En effet, en 1467, le dominicain Francisco Colena écrivit un ouvrage mystique "Rêves de Polypheme" qui fut imprimé à Venise en 1499 avec des illustrations de Raphaël et traduit en français en 1546 et en anglais en 1592. 

Dans cet ouvrage, les rêves de Polypheme à propos de parties d'échecs vivantes y sont décrits. Trois parties sont disputées et présentées de manière assez schématique. Cependant dans la troisième, il est possible de comprendre que les coups d'ouvertures sont 1.d2-d4 a7-a5 2.c2-c4 mais contrairement à Vida, la dame et le fou se déplacent d'après les anciennes règles. 

Il est difficile de savoir si Vida connaissait l'existence de l'oeuvre de Colena mais il ne fait aucun doute sur le fait que ces trois parties sont le point de départ de la description de parties d'échecs. D'ailleurs dans le 5ème livre de François Rabelais, les pièces se déplacaient d'après les nouvelles règles.

Rabelais accorde deux chapitre aux échecs. Dans le premier, il décrit en détails les règles du jeu tandis que dans le second, il évoque trois parties dont une de façon détaillée. En comparant sa description des règles et le texte de la partie avec l'oeuvre de Vida, il est évident que Rabelais connaissait les travaux de Vida et les avaient même peut être en main lorsqu'il a écrit les siens. Bien évidemment, il exclua tous les passages comiques car

Les cinq livres de Rabelais furent imprimés à Lyon en 1564, 11 ans après la mort de l'auteur. Les historiens doutent sur le fait qu'ils furent tous écrits entièrement par Rabelais lui-même. Certains pensent en effet que le texte est passé entre les mains des Huguenot. Mais il est peu probable que beaucoup de changements aient été faits sur la partie principale de l'oeuvre qui concerne les échecs. 

Tout comme Vida, Rabelais appelle les fous, archers. Il est certain que ce terme était très utilisé en France dans la première moitié du 16ème siècle mais ne se répandit pas. Plus tard, l'ancien nom pour le fou, le bouffon devînt de nouveau populaire. Il est en outre intéressant de noter que d'après Rabelais, le roi ne pouvait pas se déplacer sur toutes les 8 cases adjacentes mais seulement sur les quatre verticales et horizontales. Ainsi, soit Rabelais était simplement dans le faux soit une règle locale existait dans cette région française à l'époque.

Environ à la même époque que Vida, le poète  Francisco Bernadino Caldono (né en 1497) écrivit également un poème sur les échecs en latin. Il y donna quelques conseils aux joueurs tels que de ne pas sortir la dame trop tôt ou de ne pas sacrifier un fou pour deux pions comme le recommandaient les échecs anciens. Il est intéressant de remarquer que ce conseil fut repris en 1561 par l'espagnol Ruy Lopez. En général, ce poème donna une bonne impression de Caldono en tant que joueur d'échecs mais hélas pour lui, le poème de Vida était déjà répandu et connu de toute l'Europe. Le manuscrit de Caldono n'exista qu'en un seul exemplaire dans la bibliothèque de Vicenzo et ne fut publié que récemment.

Le poème de Vida n'était pas seulement connu en Europe mais inspira également plusieurs autres auteurs. Mentionnons par exemple, le poème "Szachy" du poète polonais de la Renaissance, Jan Kochanowski  (1530 – 1584), premier poète de son pays à écrire dans sa propre langue. En effet, il vécut dans sa jeunesse en Italie et étudia dans les universités lombardes. Son amour du jeu d'échecs dura toute sa vie et lorsqu'il revînt dans son pays natal, décida d'y consacrer un poème entier. Il fut publié à Cracovie en 1585.

L'histoire du poème est celle de la princesse danoise Anna qui a deux nobles prétendants Bozhuy et Fyodor et qui ne sait lequel choisir. Par crainte de les voir s'entretuer au cours d'un duel, le roi Tarzes suggèrent qu'ils s'affrontent plutôt au cours d'une partie d'échecs, ajoutant pour l'occasion:

-Départagez-vous comme si c'était une guerre:

Le vainqueur sera mon beau-fils.

Plus tard, Kochanowski donne les règles du jeu, celles des échecs nouveaux. Ainsi, son poème est devenu un manuel de ces échecs modernes et a à n'en pas douter contribuer à sa popularisation à travers toute la Pologne. 

Mais revenons au sujet du poème. Le duel entre les deux prétendants d'Anna eut lieu deux semaines plus tard. Bozhuy menait les pièces blanches et Fyodor les noires. Les blancs débutèrent tout comme dans le poème de Vida par 1.d2-d4 tandis que les noirs rétorquèrent par 1...d7-d5. Quelques coups plus tard, les blancs jouèrent c2-c4 après quoi les noirs capturèrent ce pion par d5xc4. Le déroulement de la partie ressemble étrangement à celui du poème de Vida. Nous y voyons également la fourchette Cb4-c2 mais aussi le même comportement des joueurs. Cependant, à un moment donné, le récit des deux poèmes divergent. Dans la version de Vida, le roi et la dame noirs matent le roi blanc dépouillé mais dans celle de Kochanowski, la partie est ajournée dans une position difficile pour les noirs qui sont menacés de mat. Le poète, tel un commentateur échiquéen aguerri décrit la position ajournée en détails, bien plus que nécessaire pour la placer sur un échiquier.   

-Le roi proche de la tour

qui elle-même se situe dans le coin.

Le cavalier sur la cinquième proche du roi,

Et le pion est emmené jusqu'à la sixième.

Puis, un autre est sur sa droite,

Défendu par un fou situé dans son camp.

derrière le pion et le fou de Bozhuy

Le roi que l'armée noire ennuie,

Tandis que le tour ennemie,

a pour but d'envahir la seconde.

Et la dame attaque par derrière,

le fou noir.

Ainsi les joueurs prirent leur place,

Et les noirs furent au trait.

Nous reviendrons plus tard sur la position ajournée mais pour l'instant poursuivons notre sujet initial. Les joueurs disparaissent dans leur chambre afin que personne ne puissent changer la position sur l"échiquier. Deux gardes veillent sur la position.

Et la princesse Anna? Elle n'assiste pas à la partie, interdite par son père. Mais est-elle désintéressée par ce duel qui doit décider l'identité de son futur mari? Bien sur que non! Elle s'inquiète. Pendant la nuit, alors que n'arrive pas à trouver le sommeil, elle décide de se rendre dans la salle de jeu par un passage secret en compagnie de sa vieille nourrice. Le garde la reconnaît et la laisse passer. Evidemment, la princesse savait mieux jouer aux échecs que ses prétendants. Regardant l'échiquier, elle réalise rapidement que les noirs pouvaient non seulement éviter la défaite mais mater leur adversaire.

Sa préférence était plutôt du côté de Fyodor qui conduisait les pièces noires. Mais comment pouvait-elle l'avertir de ce qu'il fallait jouer?

Et la princesse réfléchit un moment et soudain s'écria de façon à ce que le garde puisse entendre ses paroles: 

-Evidemment, le cavalier est bon,

Et le fou a pris sa place sur la diagonale.

Déjà, sacrifier la tour prend son sens,

Puis le pion finira le travail.

Si la tour se rend sur sa rangée,

alors Anna pleurera de joie.

Désormais tout dépend de Fyodor - devinera t-il ce que la princesse veut lui faire jouer?

Le matin arriva. Le pauvre Fyodor se rend à la reprise de l'ajournement. Au lieu d'analyser la position, ce dernier passa toute la nuit à pleurer considérant sa défaite inévitable.

S'asseyant triste à la table, il remarque alors que la tour a bougé et s'exclame: "Qui est venu ici? C'est une plaisanterie, mais pas une très amusante!".

Le garde lui raconte alors la visite nocturne de la princesse et lui répète ses paraoles.

Fyodor se plonge alors dans une profonde réflexion. "Déjà sacrifier la tour prend son sens". Que voulait dire la princesse avec ces mots? Et soudain, tout s'éclaira:

 

Rg1, Dе7, Tа7 – Rg8, Th8, Fe4, Cg4 et f3, g3

La fin fut:

«La tour en un coup se rend près du roi adverse'" – 1. ... Th8-h1+!

Voici le sacrifice dont parlait la princesse,

«Puis il retire la tour de cette case"- 2. Rg1xh1

«Puis le pion le poursuit» - 2. … g3-g2+. «Il revient» - 3. Rh1-g1

«L'autre pion avance directement» - 3. … f3-f2. Echec et mat!

 

Rg1, Dе7, Tа7 – Rg8, Fе4 Cg4 et f2, g2

Travailler sur le poème de Kochanowski fut mon premier succès historique (au début des années 60) et je me considèrai alors comme étant le premier à avoir résolu cette petite mais néanmoins intéressante énigme. Cependant, comme me le fit remarquer l'éditeur du magazine polonais de l'époque, V. Litmanovics, cette énigme fut en fait résolue 100 ans plus tôt par le chercheur polonais M. Dedushitski.  Il s'arrêta cependant dans cette position que j'avais l'intention d'analyser plus en profondeur afin de confirmer mes doutes. La position ajournée, même si les blancs menacent mat, ne semble pas aussi désespérée pour les noirs que le poète nous le laisse entendre. Les pièces noires sont en effet massées autour du roi blanc et peuvent l'attaquer de diverses façons. Ainsi, par exemple, en voici une pas moins efficace que celle choisie dans la partie: 1. … Th8-h1+ 2. Rg1xh1 f3-f2+ З. Dе7xе4 f2-f1=D mat.

Cette analyse m'a d'abord déçu. Etait-il vraiment possible que le poète soit aussi faible aux échecs pour avoir choisi une position si inintéressante pour le dénouement de son histoire? Je ne pouvais pas le croire. En effet, il est très peu probable qu'un joueur aussi faible consacre un poème entier à une partie. ainsi, un nouveau mystère apparut.

Si cela était arrivé aujourd'hui, je l'aurais résolu très rapidement mais à l'époque cela m'a pris plus de temps.

L'astuce est en fait que cette position est tirée non pas des échecs modernes mais plutôt de leur version ancienne, médiévale. Bien que le poète ait d'abord donné les nouvelles règles, le poème a été écrit à une époque où en Europe, les deux versions étaient tout aussi populaires l'une que l'autre. De plus, la position est en fait une version simplifiée d'un des problèmes médiévaux les plus connus, intitulé "mat de Dilaram". 

Ici, par exemple, c'est la version donnée dans la collection "Bonus Socius". Cette collection de problèmes fut compilée au début du 18ème siècle.

 

Ch5, Tа2, Fd5, Cа3 et :b6,с6 – Rа8, Tg1, Tg8

Mat en 4 coups.

Après 1. Cb5+ Rb8, nous obtenons la même position que dans le poème avec les couleurs inversées dans laquelle les blancs donnent mat par 2.Ta2-a8! etc. La seule différence est que le roi blanc est en danger et est menancé de mat des deux côtés.

Mais la position classique du mat de Dilaram est la suivante:

 

Rа5, Th1, Th6, Fh3, Cg4 et f6,g6 – Rg8, Tb2, Tb8

Les blancs gagnent.

Voilà le problème arabe de Mansuba tiré des échecs orientaux. Il fut composé plus tôt, au cours du 9 ou 10 ème siècle. Le mat est ici donné en sacrifiant les deux tours. .

1. Th6-h8+! Rg8xh8

2. FhЗ-f5+ 

La pièce en h3 est un Alfil, un fou arabe, l'ancêtre du fou moderne qui se déplace seulement de deux cases en diagonale et peut comme le cavalier sauter par dessus une autre pièce.  

2. ... Rh8-g8 

3. Th1-h8+ Rg8xh8

4. g6-g7+ Rh8-g8

5. Cg4-h6x.

Il était possible de retarder le mat d'un coup par le sacrifice de la tour en h2 mais l'énoncé était de gagner et non pas de mater en un nombre précis de coups.

La légende romantique de Dilaram fut également mentionnée plus tard dans des manuscrits arabes, perses et indiens. Voici un passage extrait d'un manuscrit arabe du 16ème siècle: 

«Dilaram était la femme préférée d'un vizir arabe. Sans elle, son coeur n'était pas en paix et l'appela Dilaram qui signifie "coeur léger". Le vizir adorait se détendre en jouant aux échecs. Un jour, alors qu'il affrontait un fort adversaire, sous l'emprise de la colère, il se risqua à parier ce qu'il avait de plus précieux - sa femme préférée. La partie s'engagea mal pour le vizir qui se retrouva dans une position désespérée avec un mat en apparence inévitable. Dilaram suivait attentivement la partie derrière un rideau transparent qui séparait les hommes des femmes dans la maison. Puis, au moment critique, la jeune femme sécria "Sacrifie les deux tours et sauve Dilaram!". Le vizir suivit son conseil et l'emporta." 

Comme vous pouvez le voir, la fin du poème de Kochanowki est incroyablement proche de celle de cette légende. Il semble plus que probable qu'il connaissait ce célèbre problème et la légende de Dilaram. Grâce à l'aide des échecs, nous avons réussi à résoudre une question littéraire profonde d'après le degré d'originalité du poème polonais. Quelques critiques considèrent "Szachy" non pas comme une oeuvre indépendante mais plutôt comme une traduction. En conclusion, nous vous offrons ses dernières lignes:

J'ai copié les vers intelligents de Vida,

qui ont flotté si longtemps dans les eaux italiennes,

Parlant si bien de cette guerre,

Qui n'a nécessité ni salut ni épée.

En décrivant les règles du jeu, Kochanowski a certainement demandé de l'aide au poète italien et a même utilisé quelques passages de Vida. Par exemple, tous les incidents entre les joueurs se retrouvent dans l'oeuvre de l'italien. Cependant, la fin du poème, son final dramatique est lui indépendant de la version de Vida. En effet, ici, le polonais s'est plutôt rabattu vers la légende de Dilaram. De manière évidente, le poète a probablement oublié qu'il avait débuté son oeuvre avec les règles des échecs modernes alors que la fin de la partie est extraite d'une jouée avec les anciennes règles (si on remplace la tour par une dame). L'auteur ne pouvait imaginer que ceci donnerait d'autres solutions au problème possibles. 

C'est précidément grâce à cette finale que le poème de Kochanowski peut être considéré comme une oeuvre totalement originale.

Kochanowski décrit en effet si magniquement tous les ballets de la bataille sur l"échiquier que beaucoup de chercheurs estiment qu'il a en fait utilisé sa propre expérience et ses sentiments personnels en relation avec l'amour et les échecs. Ainsi, l'écrivain polonais  Mecislav Yastrun a développé le thème de son livre «Poète et Courtisan» dans lequel il décrit une partie disputée entre un poète de Chernolesya (comme Kochanowki était parfois appelé) et un autre courtisan, un italien appelé Vetello. Les deux étaient très attirés par une jolie courtisane et décidèrent de se départager en jouant une partie d'échecs. Ajoutons qu'à son retour de l'étranger, Kochanowski fut un moment au service du roi de Pologne Sigismund II, en tant que "Secrétaire de la Faveur Royale".  In it, he describes a chess game between a poet from Chernolesya (as Kochanowski was sometimes called) and another courtier, an Italian called Vetello. Both were very interested in a beautiful female courtier and competed for her over the chessboard. One can add after returning home from abroad, Kochanowski was for a time in the service of the Polish king Sigismund II of August, as "Secretary of his Royal favour". Cependant, ce poste fut plutôt un fardeau pour le poète qui appréciait par dessus tout sa liberté personnelle. Ainsi, il revînt à Chernolesye et y passa le reste de sa vie. 

En conclusion, voici le résultat de nos recherches: Les oeuvres de ces trois grands humanistes de la Renaissance– l'italien Vida (1490-1556), le français Rabelais (1494-1553) et le polonais Kochanowski (1530-1584) ont grandement contribué à la réforme du jeu d'échecs en Europe.